La Tunisie à nouveau secouée par des émeutes alors qu’approche le septième anniversaire de la chute de la dictature de Ben Ali. Depuis lundi, des manifestations contre l’austérité ont éclaté à travers tout le pays.

La hausse de la TVA ainsi que de nouvelles taxes apparues le 1er janvier 2018 sur le carburant, les cartes téléphoniques, les hôtels ou encore sur les fruits et légumes, fut celle de trop pour les Tunisiens. Car avec l’inflation à 6% qu’ils ont endurée l’an dernier, leur pouvoir d’achat a déjà beaucoup fondu. Et sept ans après la « révolution de jasmin » leur patience est à bout. Avec la transition économique qui devait accompagner l’avènement de la démocratie qui n’a toujours pas eu lieu, le chômage demeure élevé à 12% (il est même de 30% parmi les jeunes). Et le déséquilibre d’une économie privilégiant la côte touristique au détriment de l’intérieur toujours pas résorbé. L’argent est là, avec le concours des bailleurs internationaux, ce mal est identifié de longue date et pourtant il n’est toujours pas traité.

L’échec des gouvernements successifs

Avec les attentats de 2015 la Tunisie a encaissé un choc externe qui a annihilé la reprise dont le pays aurait pu bénéficier. L’Etat a dû également augmenter ses dépenses de sécurité pour faire face à la menace terroriste émanant du voisin libyen. Mais cela ne suffit pas à expliquer la déliquescence des finances publiques, qui est le problème urgent auquel est confronté le gouvernement. La dette a vertigineusement enflé depuis la révolution.

La dette représentait 40% du PIB en 2010, c’est aujourd’hui plus de 60%

Le service de la dette pompe une bonne partie du budget de l’Etat qui pourrait être affecté à des investissements et par ailleurs cela affaiblit le dinar. Chaque fois qu’il faut honorer un remboursement, les réserves de change se creusent, la monnaie tunisienne se dévalorise ce qui renchérit les prix des produits importés. C’est en partie ce qui explique cette inflation repartie en flèche depuis deux ans. C’est ce qui rogne insidieusement le pouvoir d’achat des Tunisiens. Pour casser ce cercle vicieux le Premier ministre Youssef Chaheb a donc opté pour l’austérité, sous la pression aussi du FMI, au risque de mécontenter la rue. Pour l’instant, il joue la fermeté. Mais la tentation est sans doute très forte d’accéder aux revendications des manifestants.

Depuis 2011 c’est souvent la seule réponse apportée aux poussées de fièvre sociale

Un modèle de gouvernance qui est en train de montrer ses limites selon Sofia Tozy, analyste à la Coface. Parce qu’au lieu de régler les problèmes de fond cela aggrave le déficit public et empêche l’Etat de se consacrer à ses missions de développement. Après la révolution, l’Etat tunisien a massivement recruté pour calmer la fronde populaire. Le versement des salaires aspire aujourd’hui la moitié des dépenses publiques. Le gouvernement actuel a donc lancé un plan pour réduire la masse salariale en recrutant un fonctionnaire pour deux départs en retraite. Mais dans le même temps, il prévoit de discuter de hausse des salaires à partir du mois de mars avec l’UGTT, le principal syndicat pour contenir la grogne sociale, ce qui va encore déboucher sur de nouvelles dépenses. Cette fuite en avant ne fait qu’attiser le ressentiment des exclus. Des jeunes qui n’ont aujourd’hui plus rien à perdre.

avec rfi

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