Nazlet Hanna, un village de Haute-Egypte, au sud du Caire, a perdu 7 de ses habitants dans l’attaque d’un bus de coptes en mai dernier. Depuis lors, chrétiens et musulmans tentent de maintenir une rare coexistence pacifique construite au fil des années.

Magdy, un Egyptien de confession catholique, et Ahmad, un musulman, se souhaitent réciproquement une bonne année.

En ce jour de Noël, Ahmed Tharwat, un jeune musulman, vient saluer ses voisins chrétiens, comme le veut la tradition à Nazlet Hanna, un village où 7 coptes ont été tués en 2017.

Six hommes et une petite fille ont été abattus par des combattants se réclamant de l’Etat islamique (EI), sur la route qui mène à un monastère situé dans le désert, au sud du Caire.

« Nous sommes très affectés par son décès. Ce noël est difficile, ce n’est pas une fête, c’est un deuil. Mais je suis heureux car, en tant que martyr, il est à la meilleure place auprès de Dieu », se console Magdy, qui a perdu son neveu dans les attentats.

Dans le salon trône le portrait de son neveu, à côté de celui de la Vierge Marie.

Sa tante Badreya était dans le bus à bord duquel le jeune homme a été abattu.

« On est une famille très unie. Je n’ai pas pu aller à la messe de Noël, je suis restée à la maison avec sa mère. Tout le village partage notre tristesse, il avait plus d’amis musulmans que chrétiens. Ils ont tous participé aux funérailles. C’était une très belle cérémonie », se souvient Badreya.

Le père Bernabé Daoud salue la cohabitation pacifique entre chrétiens et musulmans à Nazlet Hanna.

« Ce Noël-ci, il y a plus de musulmans que de chrétiens qui viennent me saluer ! On sent plus de soutien de leur part », se réjouit-il en présence d’Ahmad.

Ce dernier, un étudiant âgé de 20 ans, acquiesce et reconnait que cette solidarité interconfessionnelle est rare en Haute-Egypte.

« Dans les autres villages, certains refusent d’être amis avec des chrétiens. Ce n’est pas le cas ici. Il y a une vraie fraternité entre nous. On joue au foot ensemble, je vais chez eux, ils viennent chez moi », témoigne Ahmad.

Chez sa tante, un téléviseur retransmet en direct la messe du pape copte, en présence du président égyptien, dans la nouvelle cathédrale encore entourée d’échafaudages et située dans la future capitale égyptienne en construction, à une cinquantaine de kilomètres du Caire et non encore baptisée.

Entre deux thés à préparer, Sana Mahmoud est préoccupée par le cérémonial des images diffusées par la télévision nationale égyptienne.

« J’aime bien voir les cérémonies officielles. C’est une fête, je la considère comme ça. On appartient à la même société, c’est normal », commente-t-elle.

Dans la petite église de Nazlet Hanna, le prêtre commence l’office en égrenant les noms des 7 pèlerins coptes du village devenus martyrs.

L’édifice religieux peut maintenant contenir jusqu’à trois cents fidèles parce qu’il vient d’être agrandi avec les revenus de la vente de deux maisons appartenant à des musulmans.

Ce geste de solidarité est inédit en Haute-Egypte, où les autorités et la population majoritairement musulmane s’opposent régulièrement à la construction de la plus petite chapelle.

« Ils ont vendu leur maison à des chrétiens en sachant très bien qu’elles serviraient à l’église. Il n’y a eu aucune opposition dans le village. Et sur le chantier, pour poser le carrelage, il y avait des ouvriers chrétiens et musulmans », raconte Hanafy Mourad, chef du village depuis près de 30 ans.

Mais l’attentat perpétré il y a 7 mois contre le bus des coptes du village a ébranlé cette coexistence pacifique, selon Hanafy Mourad.

« Certains chrétiens ont commencé à penser que tous les musulmans étaient responsables de cet attentat. Mais c’est faux, regardez l’attentat contre la mosquée du Nord-Sinaï, qui a fait 308 morts. De quoi serait-on coupable ? On ne l’est pas plus quand des églises sont visées. Ces terroristes n’ont pas de religion », s’explique le chef du village.

Shaima Tharwat, une vendeuse de vêtements, estime, elle aussi, que les relations entre musulmans et chrétiens se sont un peu détériorées.

« Juste après l’attaque, j’ai vu sur Facebook des messages insultants le prophète Mohamed et critiquant l’islam. Certains jeunes chrétiens sont devenus beaucoup plus froids avec nous. Ça m’attriste, bien sûr », se désole-t-elle.

Bbcafrique

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