Le Parti démocratique des peuples (HDP), troisième parti de Turquie, ancré à gauche et défenseur de la minorité kurde, a remplacé dimanche 11 février ses deux coprésidents, emprisonnés depuis novembre 2016. Pervin Buldan et Sezai Temelli ont nommés à l’issue d’un congrès à Ankara.

Selahattin Demirtas, leader charismatique candidat à la dernière élection présidentielle de 2014, avait alors été arrêté ainsi que de nombreux cadres du HDP dans le cadre des purges qui ont suivi le putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan.

Le congrès du HDP a rassemblé, selon le parti, près de 32 000 personnes, venues écouter les discours des codirigeants, rédigés depuis leurs cellules, et de plusieurs représentants politiques étrangers, dont Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français.

Pervin Buldan, figure connue du mouvement kurde

Le HDP se présente comme à l’avant-garde sur les questions féministes, et nomme systématiquement à ce titre un couple mixte de dirigeants aux postes à responsabilité.

Pervin Buldan (tout à gauche sur la photo), députée depuis 2007, est un visage connu du mouvement prokurde en Turquie. Elle a notamment fondé, après la mort de son mari en 1994, l’association Yakay-Der, qui enquête sur les disparitions douteuses d’opposants en Turquie. En 2013, elle était aux premières loges des négociations entre le leader historique du PKK, Abdullah Öcalan, et les autorités turques sur les termes du cessez-le-feu depuis rompu.

Son confrère Sezai Temelli (à droite) est moins connu du grand public. Député en 2015, il était jusque là en charge des questions économiques pour le parti et en représente la sensibilité de gauche, qui n’a pas pour priorité absolue les revendications prokurdes.

De nombreux Turcs ont ainsi été séduits par la vision progressiste, féministe et écologiste du HDP, notamment aux élections de 2014 et 2015.

Préparer les élections de 2019

L’essentiel du corps dirigeant du HDP étant en prison, le parti devait rapidement renouveler ses postes à responsabilité pour préparer deux scrutins d’importance : les élections législatives et présidentielle de novembre 2019. Dans un contexte sécuritaire très incertain et un climat politique très polarisé, il paraît peu probable qu’il puisse maintenir sa troisième position au Parlement.

Le HDP est le seul parti représenté au Parlement à s’opposer à l’offensive militaire turque dans la région syrienne d’Afrin, contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), constituées notamment des combattants kurdes du YPG.

Pour Ankara, ces milices syriennes sont les antennes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une guérilla autonomiste que la Turquie considère, avec l’Union européenne et les États-Unis, comme une organisation terroriste. Le pouvoir central turc estime par ailleurs que le HDP est la vitrine politique de ce groupe armé, basé dans les montagnes du sud-est anatolien de part et d’autre de la frontière turco-irakienne.

Dans ce contexte, le gouvernement turc a placé en détention plusieurs centaines de personnes ayant exprimé publiquement leur désaccord face à l’opération « Rameau d’olivier », initiée le 20 janvier 2018. Parmi eux se trouvent de nombreux membres du HDP. L’actuelle coprésidente du parti, Serpil Kemalbay, a par exemple été placée sous mandat d’arrêt vendredi.

Selon le parti, 3 300 membres ont été incarcérés depuis juillet 2015, date à laquelle le cessez-le-feu entre Ankara et le PKK a été rompu.

avec Afp

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