Le continent africain, son milliard d’habitants et son fort taux de croissance couplés à l‘émergence d’une classe moyenne, est-il la nouvelle destination rêvée pour les investisseurs, ou un potentiel gouffre financier ? Quelques avis d’experts financiers dans cet article.

Pour Ken Ofori-Atta, le ministre ghanéen de l‘Économie, il n’y a aucun doute à ce sujet : “l’Afrique doit et va être le meilleur endroit pour investir à l’avenir”, a-t-il fait savoir lors du récent CEO Forum d’Abidjan.

Cependant, l’optimisme du ministre ghanéen se heurte à une réalité peu enviable. Les indicateurs sont au rouge, si l’on se réfère par exemple à la crise pétrolière qui perdure depuis 2014 et la chute des cours du cacao, qui ont montré le caractère fragile des économies du Nigeria (pour le pétrole) et du cacao (pour la Côte d’Ivoire).

Il faut que les Etats et les politiques trouvent des moyens et créent les conditions pour que les banques investissent.

Après une période de désendettement, les observateurs font état d’une hausse de l’endettement public de bon nombre de pays africains. En même temps, les experts notent une différence de taille entre les réalisations des infrastructures ayant nécessité les emprunts et les besoins des populations. En 2015, la totalité des fonds d’investissements privés en Afrique (Private Equity) était de 4,3 milliards de dollars. En 2017, ces fonds se sont retrouvés à 2,3 milliards de dollars.

Comme pour dédramatiser la situation, Laureen Kouassi-Olsson (d’Amethis Finance) affirme : “d’abord, les investissements en Afrique, cela ne veut pas dire grand-chose. Il y a plusieurs Afriques ! Ce n’est pas un seul pays !”

Avant d’ajouter qu’“on a effectivement des croissances qui sont élevées, mais encore faut-il pouvoir faire le pari de la bonne économie, la bonne industrie qui ne sera pas trop impactée par des changements, par le prix des commodités (matières premières)”.

A propos de l‘émergence de la classe moyenne sur le continent, Laureen Kouassi-Olsson pense que cette catégorie de la société qui “consomme et qui amortit les chocs” constitue un atout de poids. Pour elle, “tout est une question de stratégie d’investissement dans les secteurs résilients dans des économies imparfaites”, précisant au passage qu’on peut assurer des retours sur investissement concurrentiels avec ceux proposés en Europe, ou encore, aux Etats-Unis.

La question des risques au centre des préoccupations

Qui dit investissement dit risques. A ce propos, des éléments sont soulignés ici par Vincent Le Guennou, du fonds ECP : “les risques sécuritaires, ça se gère avec un surcoût. Les risques politiques, c’est plus délicat. Il y a à la fois les changements des règles en cours de route, mais aussi la non-application des règles en vigueur.”

Quant au retour sur investissement, la question ici est de savoir comment avoir accès aux ‘‘bons retours sur investissement’‘. A cela, Vincent Le Guennou estime que “le maître mot, c’est la diversification”, pour ne pas subir les à-coups. ‘‘On peut attirer des privés qui veulent diversifier leurs options et investir en Afrique”.

La rigueur dans la gestion des finances et la clarté sont de mise. La majorité des sociétés de fonds d’investissement tient à ces principes. C’est le cas d’Amethis et d’ECP, qui n’investissent dans les entreprises qu’après le respect d’une liste de conditions établies, entre autres, des conseils d’administration clairement identifiés et des comptabilités claires. “A partir de là, on peut gérer les autres risques”, affirme Laureen Kouassi-Olsson.

Il est évident que le risque zéro n’existe nul part. Frederique Ekra et Charles Levy, de Bloomfield Investment, estiment que face à une telle règle, le réalisme est de mise. “Évidemment, il y a des risques, mais où il n’y en a-t-il pas ? Ce n’est pas une question d’optimisme ou de pessimisme, mais de réalisme. Il faut être réaliste quand on investit”, disent-il.

Pour sa part, Richard Arlove, d’Abax (société prestataire de services fiduciaires basée à Maurice d’où opèrent la plupart des fonds), pense que ‘‘qui dit risque élevé, dit retour sur investissement élevé”. Pour cet expert en finances, il faut parvenir à “toucher le côté émotionnel”.

Anjeelee Chinamal, la collègue de Richard Arlove, renchérit : “les investisseurs ne veulent pas investir à perte, mais beaucoup recherchent des projets de développement durables, des projets qui vont les toucher, qui vont changer la vie des gens. Il faut donc bien choisir ses projets pour les attirer.”

Christophe Charlier, du fonds Renaissance Capital, se veut plutôt regardant sur la suite à donner aux investissements : “les levées de fonds pour investir dans des opportunités, ça se fait. Mais après, il faut trouver une sortie pour démontrer que le business a été rentable.”

Il y a aussi le manque d’intérêt des investisseurs internationaux vis-àvis des projets proposés.

Christophe Charlier apporte un élément de réponse à cette problématique : “venir investir par exemple au Sénégal dans un projet de 10 millions de dollars, ça ne les intéresse pas, ce n’est pas assez gros. C’est plus facile de lever 50 millions, 70 millions, que de lever 5 ou 10. Parce que 5 ou 10, c’est le même boulot, mais par contre le rendement n’est pas pareil”.

Avant de conclure par : ‘‘les entrepreneurs en Afrique, quand ils trouvent des financements, c’est un tel miracle. Il faut que les Etats et les politiques trouvent des moyens et créent les conditions pour que les banques investissent” dans les entreprises, et non dans le circuit financier.

Cette dernière remarque s’adresse directement aux dirigeants des pays africains, qui sont invités à aseptiser un climat des affaires connu en Afrique pour son opacité quasi-légendaire, caractérisé, entre autres, par des acquisitions de marché sur la base du gré à gré, une gestion nébuleuse des finances, ou encore, l’absence d’audit dans certains secteurs d’activité.

Avec AFP

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