Vainqueur des élections législatives en Irak, l’imam chiite Moqtada al-Sadr a tendu la main lundi aux principaux partis pour former une coalition gouvernementale.
Les Irakiens ont créé la surprise, lundi 14 mai, en plaçant en tête des législatives le chef nationaliste chiite Moqtada al-Sadr, qui a aussitôt proposé aux principaux partis de former une coalition gouvernementale.
Selon des résultats quasiment définitifs du scrutin de samedi, pour lequel le taux de participation a été de 44,52 % selon la commission électorale, la participation la plus basse depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, le Premier ministre Haïdar al-Abadi, pourtant crédité d’un large soutien international et de la récente victoire face aux jihadistes, est largement distancé.
Comme le système est calibré pour empêcher toute domination d’un parti, la Constitution stipule qu’il revient au chef de la liste ayant obtenu le plus grand nombre de siège de former le gouvernement. Moqtada al-Sadr qui n’a jamais concouru dans un scrutin devra choisir celui-ci.
Dans un message en forme de jeu de mots sur Twitter, le leader populiste a tendu la main aux principales forces politiques, à deux exceptions près : la liste constituée par d’anciens chefs du Hachd al-Chaabi, des supplétifs de l’armée proches de l’Iran, qui arrive en seconde position et l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, avec lesquels il a un lourd contentieux.
Les deux vainqueurs du scrutin ont adopté dans le passé une rhétorique hostile aux États-Unis, allant même jusqu’à les affronter militairement, avant de faire front commun avec eux, pour bouter le groupe jihadiste Organisation de l’État islamique (EI) hors du pays.
Divergences sur la relation avec Téhéran
Cependant ils divergent sur les relations avec le puissant voisin iranien. Moqtada al-Sadr, issu d’une lignée de dignitaires religieux, est farouchement attaché à l’indépendance politique de l’Irak, et s’est même rapproché de l’ennemi juré de Téhéran, l’Arabie saoudite.
À l’inverse, la tête de liste du Hachd, Hadi al-Ameri et plusieurs autres candidats sont alignés sur la politique iranienne.
Ces scores interviennent au moment même où les États-Unis et l’Iran sont à couteaux tirés après le retrait par le président américain Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien.
En 2014, Washington et Téhéran s’étaient tacitement accordés sur le nom de Haïdar al-Abadi, écartant son rival au sein du parti Daawa, Nouri al-Maliki, dont le projet de revenir aux commandes a échoué. Les États-Unis et l’Iran se sont abstenus jusqu’ici de commenter les résultats.
L’alliance inédite des sadristes et des communistes sur un programme anticorruption (« La marche pour les réformes ») arrive en tête dans six des 18 provinces, dont Bagdad, et en deuxième position dans quatre autres.
Une victoire « pour prouver le rejet de la corruption »
Ses partisans, qui manifestent chaque semaine contre la corruption, se sont rassemblés à l’annonce des premiers résultats pour manifester leur joie. « La victoire de ‘La marche pour les réformes’ n’arrive pas par hasard, elle vient pour prouver le rejet de la corruption » au sein d’une classe politique inamovible depuis la chute en 2003 de Saddam Hussein, a affirmé à l’AFP Jabra al-Taï, candidate du mouvement.
Derrière, l’Alliance de la Conquête du Hachd al-Chaabi est en tête dans quatre provinces, dont Bassora, la grande ville du sud, et en deuxième position dans huit autres.
Le Premier ministre sortant, Haïdar al-Abadi, est devancé dans toutes les provinces à l’exception de celle de Ninive, dont le chef-lieu est Mossoul, ancienne « capitale » de l’EI, dont il avait annoncé la « libération » mi-2017, où il est en tête.
Ces résultats officiels du scrutin peuvent encore varier, car le dépouillement se poursuit et la commission électorale se refuse jusqu’ici à communiquer les résultats dans la province kurde de Dohouk. Elle a également laissé de côté pour le moment les scores dans la région multi-ethnique de Kirkouk, récemment reprise par Bagdad aux Kurdes et que les Arabes et les Turkmènes contestent.

Avec AFP

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