Le procureur en chef du Kenya a annoncé lundi qu’il allait engager des poursuites contre 54 personnes soupçonnées d’avoir détourné plus de 68 millions d’euros des caisses du Service national de la Jeunesse (NYS), au moment où la presse locale fait état de plusieurs autres scandales de corruption.

Le directeur du NYS Richard Ndubai ainsi que la plus haute fonctionnaire du ministère de la Jeunesse Lilian Omollo, tous deux arrêtés lundi à l’aube avec 18 autres suspects, sont les personnalités les plus importantes de ce coup de filet.

“Mon service est en train de préparer la comparution de ces suspects devant les tribunaux en vue de leur inculpation”, a annoncé dans un communiqué le Directeur des poursuites publiques Noordin Mohamed Haji.

Outre les deux hauts responsables du NYS, les autres suspects sont des subalternes au sein de l’institution ainsi que des fournisseurs accusés d’avoir reçu des paiements litigieux.

Selon le bureau du procureur, les charges retenues incluent le vol d’argent public, le faux et usage de faux, et l’abus de pouvoir. L‘éventuelle complicité de banques dans ce nouveau scandale de corruption fait également partie de l’enquête.

Le NYS est une institution prodiguant un entraînement paramilitaire à ses jeunes recrues, qui reçoivent aussi un salaire, des formations techniques et travaillent à des projets du gouvernement. Cette institution est à la pointe du projet du président Uhuru Kenyatta pour combattre le chômage chez les jeunes.

Avec son budget d’environ 215 millions d’euros par an, le NYS a été miné par la corruption ces dernières années. Un premier scandale avait éclaté en 2015 après le vol de 7 millions de dollars via des paiements fictifs ou des factures artificiellement gonflées.

Le dernier scandale en date, dévoilé par des fournisseurs, vise le même type de malversations, ayant bénéficié à des proches de politiciens influents.

850.000 euros pour un pneu

Les médias kényans ont rapporté que le NYS a acheté pour 8,5 millions d’euros de viande de boeuf en un an, l‘équivalent de 66 kilos de boeuf par jour pour chaque recrue. Un autre exemple cité est l’achat d’un pneu de voiture pour 850.000 euros.

D’autres scandales de corruption ont éclaté ces derniers jours, notamment au sein de la société nationale d‘électricité et du Conseil national pour les céréales.

En 2017, le Kenya était à la 143e position sur 180 dans le classement annuel de Transparency International pour la perception de la corruption dans le monde.

Début mars, un rapport de l’auditeur général a révélé que le gouvernement n’est pas en mesure d’expliquer où sont passés 400 millions de dollars (323 M EUR) de fonds publics.

Le président Kenyatta assure avoir fait de la lutte contre la corruption une priorité, mais cette promesse a déjà été faite par plusieurs présidents avant lui, sans résultats probants.

Dans le quotidien Standard, l‘éditorialiste Barrack Muluka a regretté que “depuis l’indépendance, le gouvernement au Kenya n’est pas une question de service (à la population)”. “La principale récompense d’une victoire aux élections semble être la possibilité de voler”.

avec AFP

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