Les présidentielles ivoiriennes de 2020 sont déjà dans les têtes. Experts et stratèges dissèquent à longueur de rapports  les paramètres et les équations d’un scrutin à plusieurs inconnus.

C’est dans ce contexte de fortes  spéculations  qu’est intervenue la deuxième conférence Bloomfield –Financial Afrik sur le risque pays. Plus de 400 personnes ont pris part à cette rencontre tenue le 31 mai à Abidjan.

Passant en revue le rapport, Soraya Diallo, vice –président de Bloomfield, en a présenté les points saillants, axés sur les performances macroéconomiques, la diversification économique à poursuivre et un environnement sociopolitique fragilisé par la faible amélioration du niveau de vie des populations, en contradiction, ajoute-t-elle, avec les bons résultats macroéconomiques.

En outre, relève madame Diallo, l’on observe une montée des tensions politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2020, même si une dégradation significative de l’environnement n’est pas anticipée.

D’emblée, Stanislas Zézé, président de l’agence de notation Bloomfield a donné le ton de la rencontre, en annonçant d’entrée de jeu que la Côte d’Ivoire s’éloignait du «scénario de l’éléphant émergent» à cause entre autres, martèle-t-il graphes et chiffres à l’appui,  du ralentissement des investissements dans les infrastructures et d’un bilan socio-économique mitigé.

Des appréciations qui ont fait réagir le ministre des Finances, Adama Koné, déclarant que le gouvernement maintient le trend sur l’investissement productif avec notamment la  réhabilitation des zones industrielles.  Quant au changement structuel, il prend du temps, même dans un pays qui a enregistré une progression record de 60% de son PNB entre 2012 et 2017 et où l’éducation est gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans.

Pour l’essentiel, comme l’explique le rapport risque pays présenté au public, la première économie de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) reste sur une performance forte, avec un taux de 9% entre 2012 et 2016 et un taux de 7,8 % en 2017, année marquée par les fléchissements de 35 à 40% des cours de cacao, principale recette d’exportation de la Côte d’Ivoire, et de fortes revendications sociales.

Le maintient de l’attractivité du pays passe entre autres par l’amélioration du climat des affaires.  Passé du 177ème rang au 139ème dans le classement doing business, la Côte d’Ivoire compte toujours intégrer le top 50 mondial et jouer son rôle de leader régional.

 

La dette publique: le bon et le mauvais cholestérol 

Bloomfield relève par ailleurs un ratio de la dette publique certes  de 42% (contre un plafond UEMOA de 70%), en faible croissance et sur une projection de 43,2% en 2018.  Mais, souligne le rapport,  il faudra considérer la question de l’emprunt  sous l’angle budgétaire (le service de la dette représente 43, 5% des recettes publiques, fiscales et non fiscales à fin 2017) et sur les risques de change et de devises que comporte le remboursement d’une bonne partie des engagements.

La dette extérieure, évaluée à 57,4% de la dette publique totale à fin 2017, est constituée principalement de l’encours des eurobonds (51,1%), suivi de la dette multilatérale (27,4%) et de la dette bilatérale (21 ,1%). Quant à la dette intérieure, elle représente 42,6% de la dette publique, étant constituée à 80% d’emprunts contractés auprès des investisseurs actifs sur les marchés financiers et monétaires de la zone UEMOA à travers les valeurs mobilières (obligations et bons du trésor).

Suivant les monnaies, la dette publique libellée en monnaie locale, le Franc CFA, représente 48,2% du stock total à fin septembre 2017, suivie de la dette libellée en dollars (38,9% du stock), ce qui révèle une exposition forte au risque de change.Par ailleurs, le déficit budgétaire s’est creusé à 4,3% du PIB en 2017 contre 3,9% en 2016.

 

Une vue de la conférence.

 

«Lorsqu’un pays s’endette pour l’investissement productif, il n’y a pas de risques », explique le ministre qui estime, en ce qui concerne les présidentielles à venir,  que «2020 sera comme en 2015 ».

En tout cas, commente M .Zézé, c’est la toute première fois que la Côte d’Ivoire se dirige vers un scrutin présidentiel sans certitude sur l’identité du futur élu. Le pays a considérablement changé en dix ans, tant dans son économie  que dans ses structures représentatives illustrées par un parlement comptant 75 députés indépendants.

 Le  facteur politique

Etant un exercice global, touchant tous les pans de l’activité économique, l’appréciation du risque-pays fait par Bloomfield s’est aussi attardé sur la cherté des coûts de facteurs et de l’énergie.  Interpellé, le directeur de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) s’est risqué à une comparaison avec l’Allemagne, où, argue-t-il, le prix de l’électricité industrielle est deux fois plus cher qu’en Côte d’Ivoire.

Présent lors de la rencontre, Thierry Tanoh, ministre du Pétrole, de l’Energie et du Developpement des Energies Renouvelables, est lui intervenu sur le volet sociopolitique du pays et de l’Afrique en général. «Notre continent comptera 450 millions de jeunes de moins de 25 ans en 2050, soit 60% de la population européenne ».  Comment faire face à la demande sociale ?

Cela passe forcément, a dit le ministre,  par la promotion des champions locaux, l’intégration des marchés, la transformation des produits de base et la promotion des PME».  En plus des grandes orientations économiques l’on devrait, renchérit José Gijon, représentant résident du FMI, «conscientiser les élites pour le partage des fruits de la croissance». D’où la nécessité de mobiliser des ressources budgétaires supplémentaires à travers l’impôt et la promotion d’un cadre macroéconomique stable.

En dépit des nombreuses attentes et du taux pauvreté élevé,  l’Afrique est en progression économique et sociale.  «D’un PIB de 30 milliards de dollars en 1960, nous sommes passés à plus de 2 400 milliards de dollars aujourd’hui », rappelle Edoh Kossi Amenouvé, Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l’UEMOA. Le marché financier reste l’un des meilleurs instruments d’intégration et de financement des entreprises, précise M. Amenouvé, appelant les pays de la région à jouer leurs synergies et leurs complémentarités. «En Chine, j’ai vu des brokers qui comptent 40 millions de clients. Pour ces grands acteurs de la finance, nos pays pris un à un n’ont aucun intérêt.

Un taux de chômage de 2,8%

Autre sujet abordé, l’emplo. Les intervenants ont plus ou moins apporté des commentaires et réserves sur le taux de chômage estimé à 2,8% dans le rapport Bloomfield.  Nuançant, le représentant du FMI estime qu’un tel taux, correspondant au plein emploi, n’avait certainement pas pris en compte le sous emploi, véritable problème du pays. Sans totalement approuver le taux de 2,8%, le représentant  résident  de la Banque Mondiale, Pierre Laporte, souligne que la question de l’industrialisation est importante pour la Côte d’Ivoire à l’exemple de la Corée du Sud et du Vietnam dans la transformation sociale.

En définitive,  la stabilité sociale, économique et politique de la Côte d’Ivoire repose sur des paramètres précis appréciés tout au long de la journée par des experts et panélistes multidisciplinaires.   La vaste restructuration de l’armée devrait, en 2019, au terme du départ volontaire de 4 000 personnes, consolider la chaîne de commandement. A tous ces éléments, s’ajoute un facteur politique encore plus volatile dans le cas de la Côte d’Ivoire. La coalition au pouvoir, le RHDP, présente quelques fragilités et apparaît divisée sur la formation d’un parti unifié. Le flou persiste notamment quant à la forme que prendra cette future entité. Autre facteur de crispation, la Commission électorale indépendante, objet de nombreuses critiques de l’opposition qui réclame sa refonte.  C’est dire, en dépit de l’optimisme du ministre des Finances que 2020 ne sera pas tellement comme 2015 .

FinancialAfrik

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