Le mouvement de boycott qui a pris corps courant avril au Maroc ne semble pas prêt de s’estomper. Bien au contraire, il persiste, au grand dam des entreprises visées.

Elles sont au nombre de trois, les entreprises pointées par des activistes anonymes sur les réseaux sociaux en raison d’une supposée augmentation des prix de leurs produits. L’eau minérale Sidi Ali, le lait Centrale Danone et les stations-service Afriquia sont boycottés par une large frange de consommateurs.

Selon un récent sondage mené par Sunergia pour le quotidien “L’Économiste”, 42  % des Marocains y participent. Quant au lait Centrale Danone, 82 % de ses consommatrices ont décidé de ne plus l’acheter, même en cette période de jeûne musulman reconnue comme une période de grande consommation.

Pourtant, les entreprises visées avaient essayé de jouer la carte de l’apaisement en appelant les Marocains à la “réconciliation” ou montrant patte blanche, notamment sur les chiffres d’affaires et bénéfices. Sans succès.

Répercussions sociales

À ce jour, les conséquences de ce boycott semblent peser lourd. Centrale Danone a annoncé lundi s’attendre à une baisse d’environ 20 % de son chiffre d’affaires, soit une perte nette de 150 millions de dirhams (13,5 millions d’euros) au premier semestre 2018. Sidi Ali et Afriquia n’ont pas encore voulu s’adonner à cet exercice.

Conséquence, Centrale Danone a procédé à une réorganisation qui implique une réduction de 30 % de son approvisionnement en lait auprès de ses fournisseurs locaux, — 120.000 éleveurs au total — motivant sa décision par une baisse de ses ventes, “tous produits confondus”. Elle s’est aussi vu “contrainte de mettre un terme aux contrats d’intérimaires de courte durée”.

Des mesures qui ont fait bondir le gouvernement marocain qui a mis en garde contre les effets négatifs que pourrait avoir le boycott sur l’emploi et l‘économie, en particulier dans le secteur du lait, avant d’appeler à la fin du boycott.

Des motivations politiques ?

Mais de l’avis de certains, le message de Rabat s’est plus appesanti sur les entreprises que sur les boycotteurs, à la limite d’une prise de position en faveur de ces entreprises.

D’un autre côté, il y a ceux qui s’interrogent sur les enjeux réels du boycott. Ils font notamment valoir que hormis l’augmentation réelle des prix du pétrole, les prix de l’eau Sidi Ali et le lait Centrale Danone n’ont pas connu d’augmentation récente.

“L’analyse d’un tel mouvement à travers le seul facteur des prix est forcément réductrice. C’est toute la gouvernance d’une économie minée par la rente, la corruption et l’interférence du pouvoir politique avec celui de l’argent, qui est visée”, a par exemple estimé Transparency Maroc dans un communiqué.

Certaines personnalités politiques comme Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture depuis dix ans, secrétaire général du RNI (parti libéral) sont en effet actionnaires des entreprises boycottées. En l’espèce, Aziz Akhannouch est le PDG du Groupe Akwa propriétaire des stations Afriquia et deuxième fortune du pays après le Roi, selon le magazine “Forbes”. La famille royale détiendrait elle aussi des parts dans Centrale Danone.

Les acteurs du boycott, eux, évoquent plutôt la cherté de la vie comme principale motivation.

avec africanews

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