Après sept ans de travaux, le Musée des Civilisations noires (MCN) a été inauguré jeudi 6 novembre, à Dakar, par le président Macky Sall. Situé face au Grand Théâtre, aux portes du quartier administratif et des affaires de la capitale sénégalaise, le bâtiment circulaire de 14 000 m², évoque les cases rondes de Casamance, une région du sud du Sénégal.

Les travaux ont débuté sous la présidence d’Abdoulaye Wade (2000-2012) et ont été intégralement financés grâce à des fonds chinois à hauteur de 20 milliards de Francs CFA, soit près de 30,5 millions d’euros. Pour autant, « les Chinois n’auront aucune influence sur notre programmation pour autant », affirme Hamady Bocoum, le directeur du musée, chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et archéologue de formation, interrogé par France culture.

L’édifice est doté de galeries aux cloisons modulables, permettant d’adapter le lieu en fonction des événements. Un auditorium de 150 places a été prévu pour accueillir des séminaires et colloques. Au dernier étage, une terrasse ainsi qu’une galerie ouverte devraient servir de lieu de médiation culturelle.

« On refuse d’être un musée de la nostalgie »

Pour son ouverture, le musée présentera à ses premiers visiteurs une exposition temporaire sous forme de parcours chronologique et intitulée « Civilisations africaines : création continue de l’humanité ». Sans dévoiler précisément les objets qui seront exposés lors de l’ouverture, M. Bocoum a évoqué la présence de crânes, d’outils en pierre, de peintures, sculptures et autres masques.

Pour Hamady Bocoum, il est fondamental que les œuvres exposées au MCN illustrent à la fois le passé et le présent des civilisations noires. « On refuse vraiment d’être un musée de la nostalgie », affirme-t-il.

Sans collection permanente, le musée compte sur les partenariats pour constituer ses expositions. « Notre politique est celle des partenariats. Nous avons noué des accords avec plusieurs musées du monde entier, dont celui du Quai Branly à Paris », explique Hamady Bocoum. Le musée parisien créé par Jacques Chirac a déjà prêté 18 masques au Musée des Civilisations noires.

Parmi les œuvres prêtées par des institutions françaises : le sabre d’El Hadj Omar, une figure importante de l’histoire du Sénégal et de la région au XIXe siècle, rapporte sur Twitter la directrice adjointe du musée de l’Armée où il est conservé.

Le dilemme de la restitution ou la libre circulation des œuvres

L’inauguration du MCN intervient alors que le débat sur la restitution des œuvres d’art africaines conservées en France a été relancé le 23 novembre 2018. Dans un rapport remis à Emmanuel Macron, les universitaires Bénédicte Savoy et Felwine Sarr ont préconisé de faciliter les restitutions d’œuvres aux anciennes colonies.

Le chef de l’État français avait aussitôt annoncé la restitution de 26 objets au Bénin, des prises de guerre de l’armée française en 1892. Des objets pourtant inaliénables, selon le code du patrimoine, à l’instar de toutes les pièces de musées français.

Franck Riester, le ministre de la Culture français, s’est d’ailleurs prononcé en faveur d’une circulation plutôt que d’une restitution massive. « L’objectif est de faire circuler les œuvres » et « non pas forcément un transfert de propriété », a-t-il estimé dans un entretien au JDD le 1er décembre.

Des experts ont avancé des doutes sur les conditions d’accueil de ces œuvres en Afrique. Le MCN « revendique le statut de musée moderne » où « l’on peut maîtriser la température et l’humidité dans chacune des salles », a précisé Hamady Bocoum.

Une première œuvre a été restituée au Sénégal, rapporte Jeune Afrique : le masque-heaume Mende originaire de Sierra Leone. L’hebdomadaire précise que le 5 décembre 2018 ce masque rituel, porté par les femmes lors de cérémonies initiatives, « a retrouvé la collection nationale du musée Théodore Monod d’art africain, affecté à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), où il était exposé dans les années 1970 avant d’être vendu dans des circonstances que l’on ignore encore ».

Le MCN veut mettre en exergue « la contribution de l’Afrique au patrimoine culturel et scientifique », souligne M. Bocoum. Mais son objectif est « surtout de se projeter » vers l’avenir. « Nous n’allons pas rester dans la contemplation », a-t-il promis.

 

Avec AFP

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