La ville d’Oran, en Algérie, a accueilli une première dans un pays musulman ce samedi 8 décembre, dans la chapelle Notre-Dame de Santa-Cruz, dans la grande ville de l’ouest du pays: une cérémonie de béatification de dix-neuf religieux catholiques s’est ouverte à la mi-journée. Ces religieux ont tous été assassinés dans les années 1990, durant la «décennie noire algérienne». Parmi eux, figurent les sept moines du monastère de Tibéhirine ainsi que Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran.

Que « Mgr Pierre Claverie […] et ses 18 compagnons, fidèles messagers de l’Evangile, humbles artisans de paix […] soient dès maintenant appelés bienheureux », a déclaré le cardinal Angelo Becciu, envoyé spécial du Pape, en donnant lecture du décret de béatification en latin.

Cette cérémonie se voulait une cérémonie de partage entre chrétiens et musulmans, un mot d’ordre qui avait été répété, vendredi soir, lors la veillée, par les proches des religieux décédés, mais aussi par les responsables de l’Eglise d’Algérie.

D’abord parce que les années 1990, ce sont 19 religieux tués, mais surtout plus de 200 000 morts, principalement des civils. C’est finalement l’engagement de ces religieux à rester en Algérie, avec les Algériens, malgré les menaces que cette cérémonie veut rappeler. C’est aussi le sens du message du ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, présent ce samedi, dans l’église de Santa Cruz.

La mosquée d’Oran, ce samedi matin, s’est également associée à la célébration. Dans le public, des religieux qui étaient présents à Tibéhirine le soir de l’enlèvement des moines et les familles de ceux qui sont décédés, des membres de l’église, des officiels algériens, une délégation du Vatican ainsi que le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères. Et aussi et surtout beaucoup d’Algériens.

La cérémonie de béatification, retransmise en direct, se tenait dans l’église de Santa Cruz, en extérieur, sur une colline qui surplombe la ville d’Oran. Quelque 1 200 personnes y assistaient.

Des symboles forts pour l’image de l’Algérie

Cette cérémonie, c’est d’abord une victoire pour les autorités et pour Mohamed Aissa, le ministre des Affaires religieuses. C’est lui qui s’est impliqué pour l’organisation de cette cérémonie, notamment en permettant la venue des familles des bienheureux. Cette célébration, la venue d’un cardinal du Vatican, ce sont des symboles forts pour l’image de l’Algérie. Et c’est ce qu’a affirmé le ministre Mohamed Aissa : « C’est un signe que l’Algérie des musulmans coexiste avec les autres religions ».

Les autorités algériennes avaient une ligne rouge : la politique de réconciliation nationale. Mais pour les Algériens présents, il n’était pas question de politique, mais plutôt de recueillement et de partage. Il faut comprendre que, au-delà de la violence extrême des années 1990, les Algériens ont très mal vécu leur isolement pendant cette période. Alors, cette reconnaissance des moments difficiles a provoqué beaucoup d’émotion.

Au final, l’image marquante c’est celle de l’icône faite pour la célébration : on y voit les 19 religieux béatifiés, la tête auréolée de doré. Et en bas à droite, Mohamed Bouchikhi. Il était le chauffeur de l’évêque d’Oran. Lui aussi est mort dans l’attentat ce jour-là.

Avec Rfi

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