Les villageois d’une région diamantifère de Sierra Leone ont remporté mercredi une première victoire devant la justice locale, qui a accepté qu’un conglomérat d’entreprises minières qu’ils accusent de violations des droits humains soit considéré comme une entité unique établie dans le pays.

Cette décision ouvre la voie à la poursuite de l’examen de la plainte déposée le 4 mars contre ces sociétés par les villageois, réunis au sein du collectif Mapo (Marginalised Affected Property Owners).

Dans son arrêt, la haute cour de justice sierra-léonaise a considéré que le groupe Koidu ltd, qui exploite une mine de diamant dans le village du même nom, dans l’est du pays, et cinq entreprises gravitant autour de lui (Octea ltd, Octea Foundation,…), ainsi que leurs six dirigeants, étaient tous domiciliés à la même adresse dans la capitale, Freetown.

“Il s’agit d’une étape importante dans notre combat pour poursuivre une société multinationale en Sierra Leone pour des violations des droits de l’homme et des atteintes à l’environnement”, a déclaré à l’AFP après l’audience l’un des avocats représentants 83 familles de Koidu, Benedict Jalloh.

“La décision d’aujourd’hui rend plus facile pour nous de démontrer que ces entités ont bâti des structures pour échapper à leurs responsabilités”, a déclaré dans un courriel adressé à l’AFP Jonathan Kaufman, de l’ONG ouest-africaine Advocates for Community Alternatives (ACA), qui soutient les plaignants.

Les liens entre ces entreprises avaient été révélés dans les Panama Papers publié en 2016 par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), selon qui Koidu ltd est entièrement détenue par le groupe du milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz (BSG Ressources) à travers des sociétés intermédiaires. La mine de Koidu est en activité depuis 2003 et propriété exclusive de BSGR depuis 2007, selon la même source.

Les villageois reprochent à Koidu, connu localement sous le nom d’Octea, d‘être complice de la répression par la police de manifestations d’empoyés grévistes en 2007 et 2012, qui avait dans les deux cas fait deux morts et plusieurs blessés.

Ils accusent également le groupe de polluer leur environnement (poussière, pollution de l’eau) et, par le recours à des explosions fréquentes, d’endommager leurs habitations, situées à proximité de la mine, rendant les conditions de vie extrêmement difficiles.

Le pays est l’un des plus pauvres du monde, en dépit de la présence de gisements de minerais et de diamants. Il récupère de la guerre civile (120.000 morts entre 1991 et 2002), largement financée par “les diamants du sang”, et de l‘épidémie d’Ebola, qui a tué 4.000 personnes en 2014-2016.

avec AFP

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