Trois mannequins musulmanes qui affichent fièrement leur voile en couverture de « Vogue arabia »… Tout un symbole !

Et dire que Décathlon s’est vu, en France, contraint de renoncer à la vente de ses hijabs de running fin février… Il aura suffi que nombre d’internautes, juges du tribunal des mœurs qu’est devenu Twitter, crient à l’indécence, à la soumission de la femme et à la violation du sacro-saint principe de laïcité. Alors que dans le même pays, à la période de Noël, les crèches de la Nativité continuent à envahir les vitrines, ou que certains jours du calendrier sont l’occasion de célébrer collectivement des saints chrétiens…

Qui aurait donc cru, il y a une vingtaine d’années, que ce serait le milieu de la mode qui, sur cette question que l’on a vite fait de qualifier d’épineuse, afficherait tolérance et progressisme ? On pourrait arguer que la mode reste avant tout affaire de gros sous, et que dans un monde qui compte près de deux milliards de musulmans (ils seront 2,76 milliards d’ici 2050, selon le bureau d’études américain Pew Research Center) – dont plusieurs millions dans les très riches pays du Golfe – , le secteur a tout intérêt à prendre le train en marche. C’est d’ailleurs à eux, de prime abord, que s’adresse le numéro d’avril 2019 de Vogue Arabia.

En couverture, la Somali-Américaine Halima Aden, la Danoise Amina Adan et la Britannique Ikram Abdi Omar, trois mannequins musulmanes, posent dignement avec leur hijab. Le titre ? « Mon choix. Ce que s’habiller pudiquement signifie aujourd’hui. Ton corps, tes règles. » « Penser qu’il y a encore trois ans, il n’y avait pas une seule top model en hijab », se félicite d’ailleurs Halima Aden sur son compte Instagram. C’est dire si la mode avance doucement mais sûrement.

La publication consacre son dossier à des « femmes qui bouleversent les stéréotypes ». Et quelles femmes ! Ilhan Omar, députée américaine qui n’a pas sa langue dans la poche ; Ghizlan Guenez, femme d’affaires d’origine algérienne, basée entre Londres et Dubaï et fondatrice de The Modist, plateforme de vente en ligne dédiée à la mode pudique ; la créatrice de turbans de luxe franco-tunisienne Donia Allegue ; la patineuse artistique émiratie Zahra Lari ; ou encore la blogueuse et créatrice Mélanie Elturk, ambassadrice du hijab de luxe aux États-Unis.

Voilées ou pas, ces femmes déambulent et brisent le plafond de verre au sein d’espaces publics pas si différents de celui où Décathlon a voulu vendre ses hijabs. Elles arrivent même à donner de la voix au pays de Donald Trump, c’est pour dire !

Ce numéro se veut  un plaidoyer en faveur de la mode pudique et du droit des femmes musulmanes du monde entier à disposer de leurs vêtements, religieux ou non. Et cela, dans la mesure où les trois femmes en couverture jouissent d’une carrière et d’un rayonnement internationaux. « Je crois qu’il est important de rappeler que porter le hijab est le choix personnel d’une femme », affirme ainsi Halima Aden, la plus célèbre d’entre elles, dans les pages du magazine.

D’ici à 2022, le marché de la « modest fashion » (« mode pudique ») devrait peser 373 milliards de dollars (332 milliards d’euros), selon le rapport « State of the Global Islamic Economy 2017-2018 » publié par Reuters. Une manne financière sur laquelle les grands acteurs du luxe ne peuvent plus faire l’impasse.

Mais, bien au-delà de ça, le symbole et le message portés par Vogue sont plus que bienvenus et, surtout, nécessaires. « Une femme qui porte le hijab ne sera pas meilleure ou pire musulmane qu’une autre. Pour moi, il représente la pudeur et me donne un sentiment de puissance », conclut Halima Aden. Se sentir puissante tout en portant un hijab ? On le conçoit aisément.

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