Une équipe de la start-up Zipline prépare un drone pour la livraison de fournitures médicales, à Omenako, le 23 avril 2019, à 70 kilomètres au nord d'Accra.

Il y a un an, Emmanuel Macron annonçait la création de Digital Africa destiné à soutenir les start-up africaines. Aujourd’hui opérationnel, le programme veut les aider à dépasser les frontières.

Pour la deuxième année consécutive, Vivatech, le rendez-vous incontournable de l’innovation technologique, qui s’est déroulé du 16 au 18 mai 2019 à Paris, a célébré l’innovation africaine. Tout comme en 2018, plus d’une centaine de start-up du continent sont venues exposer leurs projets aux côtés de géants du numérique. Pour marquer cette avancée des inovations en Afrique, les chefs d’État du Sénégal et du Rwanda, Macky Sall et Paul Kagamé, avaient été invités.

Lors du précédent Vivatech, en 2018, le président français Emmanuel Macron annonçait la mise en place d’un fonds de 65 millions d’euros pour soutenir les start-up africaines du secteur numérique en quête de financement. Ce fonds, géré par l’Agence française de développement doit être ordonné par l’association Digital Africa qui regroupe une dizaine d’acteurs du monde de l’entreprenariat et de l’innovation sur le continent dont Jokkolabs, leader du coworking en Afrique, Afrilabs ou encore CFI. « Digital Africa s’inscrit dans les engagements qu’a pris le président Emmanuel Macron lors du discours de Ouagadougou dans lequel il annonçait des actions très précises pour les entrepreneurs en Afrique », explique Karim Sy, membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique, et président de Digital Africa.

Structurer les écosystèmes numériques

Lancé officiellement en décembre 2018, Digital Africa, qui est aussi une plateforme numérique, doit aider à structurer les écosystèmes numériques sur le continent et dénicher les start-up à fort potentiel de croissance. « Digital Africa fonctionne comme un réseau d’acteurs dont le but est d’aider les start-up à faire avancer leurs projets et à les penser au-delà de leur pays », explique Karim Sy. Les marchés locaux étant très limités à l’exception de ceux de l’Afrique du Sud ou du Nigéria, les start-up numériques africaines doivent se développer au-delà des frontières pour espérer devenir des « licornes » [terme qui renvoie à des start-up dont la réussite est tout aussi rapide que flamboyante].

Or, selon une étude de l’Agence Française de Développement (AFD), très peu « d’acteurs ont su se projeter au niveau continental », ainsi que l’a fait le groupe Jumia, leader africain du commerce en ligne lancé en 2012 et qui opère aujourd’hui dans une vingtaine de pays. L’entreprise a d’ailleurs réussi son entrée à la bourse de New-York devenant la première start-up africaine côtée à Wall-Street.

L’histoire de Jumia reste exceptionnelle. Sur le continent, les start-up manquent encore de dispositifs d’accompagnement et de financements, même si quelques programmes gouvernementaux visant à structurer l’économie numérique ont émergé ces dernières années.

Au Bénin, le gouvernement finance un immense projet de création d’une cité de l’innovation et du savoir. Au Sénégal, le gouvernement a injecté près de 30 milliards de franc CFA [soit près de 45,7 millions d’euros] à travers la Délégation à l’entreprenariat rapide (DER) dans les petites et moyennes entreprises, ainsi que les start-up. « Il faut déjà louer cet intérêt que manifestent les dirigeants, mais les États ne peuvent pas tout faire”, déclare Karim Sy, estimant qu’il faut aussi inciter des initiatives privées.

Certains en ont déjà fait le pari, ainsi que Partech, un fonds de capital-risque spécialisé dans la technologie et implanté à San Francisco et à Paris, qui a ouvert sa première filiale africaine à Dakar en 2018 sous l’impulsion de Tidjane Deme (ancien directeur de Google Afrique) et de Cyril Collon (ancien vice-président des ventes pour l’Europe et l’Afrique de Verscom Solutions). Grâce à de gros soucripteurs, comme la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque africaine de développement (BAD) ou encore la Banque publique d’investissement (BPI) en France, Partech Africa a pu mobiliser plus de 100 millions d’euros uniquement dédiés aux start-up numériques africaines.

Un difficile accès au financement

Plusieurs autres investisseurs devraient leur emboîter le pas. « Ce sont des dynamiques que nous allons accompagner grâce à la filiale Proparco de l’AFD qui dispose d’un fonds de 50 millions d’euros. Un autre budget de 15 millions d’euros servira à financer des programmes d’accès au fond d’amorçage », assure Karim Sy.

Selon l’AFD, 87 % des porteurs de projets jugeaint, en 2015, l’accès au financement difficile du fait d’un faible développement des options de financement dédiées aux startups ou encore des garanties trop importantes demandées par les banques qui ne veulent pas prendre de risques.

Au niveau de Digital Africa, l’accès au fond d’amorçage devrait être implémenté avec l’appui de réseaux d’incubateurs et d’accélérateurs qui ont déjà un ancrage local sur le continent. « En Afrique, il y a plusieurs initiatives intéressantes. Plusieurs fablabs se regroupent en réseaux. Il faut impulser ces dynamiques de manière plus forte. Ce sont les premiers lieux d’apprentissage de l’entreprenariat, les premiers lieux d’idéation et de structuration du prototype », explique Karim Sy.

Le programme Digital Africa donnera la priorité aux start-up qui excellent dans le domaine de l’agriculture, mais aussi de l’énergie solaire. De fait plusieurs start-up africaines étaient au salon de l’agriculture en février à Paris pour présenter des solutions innovantes et chercher des partenaires.

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