Le coup de sifflet final fait l’effet d’un coup de massue. Les mains derrière la tête ou le regard baissé vers le sol, l’élimination de l’Égypte de « sa » Coupe d’Afrique des Nations (CAN) provoque un choc dans le centre du Caire.

« Je suis triste, vraiment. Personne ne s’attendait à ce qu’on sorte lors de cette phase [des huitièmes de finale]. On s’imaginait bien sûr que notre équipe atteindrait la finale », déplore Mohamed, jeune supporteur de 17 ans, drapeau égyptien noué autour des épaules.

Derrière lui, les clients d’un café installés devant l’écran qui diffusait le match Égypte-Afrique du Sud (0-1) en repartent en fil indienne, l’air abattu. Leur équipe, pays hôte et favori de cette CAN qui se déroule depuis le 21 juin et jusqu’au 19 juillet, vient d’être éliminée. Beaucoup n’ont même pas attendu le coup de sifflet final pour quitter les lieux.

« La performance de l’équipe depuis le début de la compétition est nulle », se plaint Mohamed qui a, malgré son sourire suscité par le chahut de ses camarades, les yeux mouillés de tristesse.

Durant la première mi-temps, l’atmosphère était détendue face à un « match ennuyeux certes », dixit un supporteur, mais dont l’issue semblait acquise : les Pharaons ne pouvaient que l’emporter. L’inquiétude s’est lue sur le visage des spectateurs durant la deuxième mi-temps. Elle est montée d’un cran dans les dernières minutes.

Les tentatives des Pharaons étaient à chaque fois acclamées dans le feu de l’action, avant de s’évanouir à chaque fois dans des cris de colère et de déception. Puis l’espoir d’une victoire s’est brisé en fin de match, avec le but du Sud-Africain Thembinkosi Lorch.

« On attendait bien mieux que ça, surtout que la compétition se joue dans notre pays »

Dans la rue Talaat Harb, l’une des principales du centre du Caire, les supporteurs défilent, l’air affligé. Sortant des nombreux cafés du quartier qui diffusent les matchs de football, ils se dirigent en nombre vers la célèbre place Tahrir pour grimper dans les derniers métros.

Un groupe de jeunes continuent malgré tout de taper sur un tambour et de souffler dans des vuvuzelas. « On ne se sent pas bien, évidemment, malgré ce qu’on est en train de faire. On essaie juste de se consoler un peu », explique Amr Kamel, 23 ans.

« On attendait bien mieux que ça, qu’on gagne, surtout que la compétition se joue dans notre pays. On est franchement dégoûtés », confie-t-il, malgré les gesticulations de ses camarades.

Un tel scénario était inattendu : les Pharaons avaient remporté trois des quatre éditions organisées à l’ombre de ses pyramides et n’avaient perdu qu’une seule fois un match à élimination directe devant leur public dans la compétition, en demi-finales face au Zaïre en 1974.

L’Égypte laissera donc 2019 aux autres : l’Algérie, le Sénégal ou peut-être le Nigeria, trois favoris qui ont dû se réjouir des sorties précoces de l’hôte de la compétition, du Maroc et du Cameroun tenant du titre. Ou qui doivent trembler tant cette phase finale est folle.

Démission du président de la Fédération, le sélectionneur licencié

Au milieu de la nuit, l’influent Hani Abou Rida, membre du conseil de la Fifa, a acté cette déroute historique en quittant son poste de patron de la Fédération (EFA) et en limogeant l’ensemble du staff technique, dont le sélectionneur mexicain, Javier Aguirre.

Sa décision répond à « une obligation morale », a indiqué l’instance, après « avoir déçu les supporteurs égyptiens » qui ne s’attendaient pas à voir triompher les Sud-Africains, miraculés de la phase de poules avec deux défaites et un seul but marqué.

Après son sacre en Ligue des champions, Mohamed Salah rêvait quant à lui de prendre le sceptre de souverain de l’Afrique. Mais comme son équipe, il a raté son tournoi. Il a quitté la pelouse parmi les premiers, sans émotion.

Son échec est énorme. Pas influent face à l’Afrique du Sud, il rentrera à Liverpool moins grandi qu’il n’est parti, éclaboussé aussi par le scandale autour d’Amr Warda, exclu un temps par sa fédération après des accusations de harcèlement sexuel puis réintégré, avec la bénédiction de son célèbre coéquipier.

La phase de poules idéale de l’Égypte, avec trois victoires et aucun but encaissé, mais jouée face à des adversaires limités, n’avait pas mis un terme aux doutes de ses millions de supporteurs, qui se demandaient ce que leurs favoris valaient. Aujourd’hui, c’est clair : l’édifice qu’Aguirre a bâti, après un Mondial-2018 raté, reposait sur du sable, vulnérable au premier coup de vent.

Avec AFP

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