Comment nourrir 10 milliards d’humains tout en préservant la planète ? Une centaine d’experts de l’ONU se sont réunis vendredi à Genève pour y réfléchir. L’agriculture, à la fois victime et moteur du changement climatique, est au cœur du débat.

Le groupe d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat (Giec) se réunit à Genève du 2 au 6 août pour réfléchir à une gestion durable des terres dans l’objectif de nourrir 10 milliards d’humains d’ici 2050, tout en préservant la planète.

Un rapport sera rendu public le jeudi 8 août. Cette analyse scientifique de 1 200 pages est la plus complète à ce jour sur le sujet. Une version résumée, approuvée par les représentants de 196 États, sera adressée aux pouvoirs publics pour les guider dans leurs prochaines décisions.

Tout à la fois partie du problème et de la solution, l’agriculture se trouve au centre de la problématique. Première responsable de la déforestation et de la perte de biodiversité, elle représente un quart des émissions de gaz à effet de serre et consomme les trois-quarts des ressources en eau douce de la planète.

Mais le secteur est aussi le premier à faire les frais du dérèglement climatique, dans la mesure où les aléas du type canicule, ouragans et inondations se sont multipliés sous le coup du réchauffement. Autant de phénomènes qui altèrent la production, alors qu’elle devrait tripler pour couvrir les besoins nutritionnels de la population mondiale.

« L’agriculture est la seule profession qui peut significativement refroidir le climat », affirme Bruno Parmentier, économiste, ancien directeur de l’École supérieure d’agriculture d’Angers et consultant sur les questions d’agriculture et d’alimentation, contacté par France 24.

Labourer son champ, c’est le tuer

Pour cela, il convient de passer sans attendre d’une agriculture massivement chimique et mécanique à une agriculture agro-écologique, adaptée au changement climatique. « Il faut commencer par arrêter le labour, avertit Bruno Parmentier. Il est plus nocif pour la terre que le glyphosate ». En les labourant, les champs durcissent et restent nus la moitié de l’année, principalement l’été, réduisant ainsi la photosynthèse (absorption du carbone).

La solution serait alors de mélanger les céréales aux légumineuses de type lentilles et pois pour couvrir le champ toute l’année. Cela a pour effet de réduire l’effet de serre et d’augmenter la fertilité du champ.

Une terre non labourée permet en outre aux vers de terre creuser des galeries plus profondes dans la terre pour irriguer et stocker l’eau dans le sol. « Passer de laboureur à éleveur de vers est un changement culturel majeur », estime Bruno Parmentier.

Si cette technique ne génère pas plus de gains, elle permet aux agriculteurs de faire des économies (fin du labour, réduction de l’utilisation de l’engrais et autres produits chimiques) et de résister au climat (moins d’arrosage l’été et moins d’inondations l’automne). « Sur environ 500 000 agriculteurs en France, une dizaine de milliers a opté pour cette agriculture de résilience », assure l’économiste.

Mais la gestion des terres n’est pas la seule mise en cause. Selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), l’élevage des ruminants représente 18 % des gaz à effet de serre.

« Importer des aliments en avion, c’est de la folie ! »

Pour continuer d’inverser la vapeur et refroidir la planète, la réduction de la consommation de viande est un enjeu majeur qui sera traité par la centaine de scientifiques du Giec, venus de 52 pays. « Un végétarien qui roule en 4×4 produit moins de carbone qu’un carnivore à vélo », résume Bruno Parmentier.

Pour Mathieu Soulabaille, chargé de mission à La Fabrique écologique, celle-ci devra être réduite au moins de moitié. Les protéines végétales devront nous apporter « au minimum 60 % de nos besoins, contre 40 % aujourd’hui.« 

Des fruits et des légumes, mais pas à n’importe quel prix. Des fraises en hiver ? « Importer des aliments par avion, c’est une folie », s’exclame Bruno Parmentier, qui recommande de consommer des fruits et légumes de saison, de préférence locaux. Nos choix alimentaires ont un impact par effet papillon sur la population et sur l’environnement. « Une mangue importée en avion émet 60 fois plus de C02 qu’une pomme française », résume Mathieu Soulabaille.

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