Trois gendarmes ont été tués dimanche à Kembong, dans la région camerounaise anglophone du Sud-Ouest, où l’armée mène des opérations suite à des informations portant sur des “attaques imminentes” de sécessionnistes.

“Nous avons déjà trois gendarmes tués à Kembong. Il y a eu quelques attaques parsemées et maîtrisées. Les auteurs des crimes auraient d’ores et déjà été arrêtés”, a déclaré à l’AFP le colonel Didier Badjeck, porte-parole de l’armée camerounaise, joint dimanche depuis Libreville.

A Batibo, dans le nord-ouest anglophone, la voiture du sous-préfet, Namata Diteng, a été retrouvée brûlée dimanche matin, et son propriétaire restait introuvable dimanche après-midi, selon le député de Batibo présent sur place, Joseph Mbah-Ndam.
“On a constaté que la voiture du sous-préfet a été emportée et brûlée par des inconnus dans un endroit isolé. Je ne sais pas s’il a été effectivement enlevé ou alors s’il a pu s’enfuir”, a déclaré à l’AFP le député du premier parti d’opposition, le Social democratic front (SDF) et vice-président de l’Assemblée nationale.

“Attaques imminentes”

M. Mbah-Ndam a ajouté que le défilé de la fête de la Jeunesse du 11 février, qui devait être présidé par le sous-préfet, n’a de fait pas eu lieu. “Les gens se sont retirés chez eux par peur d‘éventuelles violences, en représailles, de l’armée”, a indiqué le député, joint par téléphone depuis Douala.

Vendredi, une note interne du ministère de la Défense camerounaise faisait état de menaces d’“attaques imminentes” de sécessionnistes contre “plusieurs villes” du Cameroun anglophone. Un couvre-feu a été instauré dans les deux régions anglophones.

Sur les réseaux sociaux, la nébuleuse sécessionniste camerounaise menace depuis plusieurs jours de troubler les célébrations du 11 février, date du référendum qui a réuni francophones et anglophones camerounais en 1961 et que Yaoundé a transformé en 1966 en “fête de la Jeunesse”.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest regroupent les habitants anglophones, soit 20% de la population camerounaise. Elles sont secouées depuis plus d’un an par une profonde crise socio-politique, qui s’est peu à peu muée en conflit armé de basse intensité.

“Il a été demandé aux éléments de continuer à faire preuve de sans-froid. Toutes les provocations d’une audace extrême ont été évitées”, a encore déclaré M. Badjeck, qui s‘était défendu vendredi des accusations d’exactions de forces de sécurité lors d’opérations contre les séparatistes.

L’Union européenne avait jugé “essentiel” jeudi que l’armée fasse un usage proportionné de la force, alors que les témoignages à charge se multiplient dans la presse et sur les réseaux sociaux. “On espère que l’Union Européenne comptabilise ces assassinats inadmissibles qui, sous d’autres cieux, auraient eu l’effet d’un tremblement de terre”, a encore indiqué M. Badjeck.

Le 18 décembre, quatre gendarmes avaient déjà été tués à Kembong. Depuis le début de la crise anglophone, 26 membres des forces de sécurité ont été tués par des séparatistes présumés en régions anglophones, selon un décompte de l’AFP sur la base des déclarations officielles de Yaoundé.

Aucun bilan sur le nombre de morts civils ou de séparatistes n’a pu être établi de source officielle depuis le début de la crise. Près de 33.000 personnes, essentiellement des villageois, se sont réfugiées au Nigeria, fuyant les violences.

AFP

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