Un commissaire de police malien a été tué jeudi par une foule en colère à Niono, à 270 km au nord de Bamako, tandis que des violences entre communautés à Tombouctou (nord) ont fait “plusieurs blessés” depuis mercredi, selon un bilan encore provisoire de la Croix-Rouge.

“Notre commissaire a été tué par des manifestants qui l’accusaient d’exactions. Il était de retour après une absence de deux semaines. Son départ était demandé par les populations, qui n’ont pas supporté son retour”, a déclaré un responsable du commissariat de Niono.

“Des manifestants excités ont assiégé le commissariat de police de Niono pour exiger le départ du commissaire chargé de la ville”, a confirmé dans la soirée le ministère de la Sécurité et de la protection civile.

“Une horde d’individus armés de projectiles en tous genres ont saccagé le commissariat et agressé le personnel. Les policiers débordés se sont retirés et, dans leur retraite, le commissaire divisionnaire Issiaka Tounkara, blessé à la tête, a été rattrapé et assassiné par les manifestants”, selon le communiqué.

“En outre, ces manifestants ont cassé le magasin d’armement, emporté des armes, incendié deux véhicules d’intervention et deux véhicules particuliers appartenant aux policiers”, a ajouté le ministère.

“Le bilan est de un mort (le commissaire) et 22 blessés, dont un gendarme, et quatre cas graves parmi les policiers. Côté manifestants, un mort et quelques blessés sont à déplorer”, selon la même source.

“Le commissaire est un ami des bandits. Depuis sa nomination, les vols de motos, les braquages et pillages des boutiques se multiplient”, a accusé un manifestant, Issiaka Sanogo.

Tensions à Tombouctou
La situation est également “préoccupante à Tombouctou”, a déclaré à l’AFP le chef de la délégation du CICR au Mali, Nicolas Marti. “Nous avons fourni un appui en kit de soins d’urgence à l’hôpital, où il y a plusieurs blessés”, a ajouté le responsable de la Croix-Rouge.

La mission de l’ONU au Mali (Minusma) s’est dite dans un communiqué “vivement préoccupée par une montée de violence intercommunautaire dans certains quartiers de la ville de Tombouctou, dont l’origine exacte reste à déterminer”.

“Des actions sécuritaires coordonnées sont en cours impliquant la Police des Nations unies (Unpol) et la Force de la Minusma avec les Forces de défense et de sécurité maliennes”, a précisé la Minusma, en exhortant “les communautés à s’abstenir de recourir à la violence et à régler leurs différends pacifiquement”.

Dans la matinée, une correspondante de l’AFP à Tombouctou a entendu des tirs dans le quartier d’Abaradjou, dans le nord de la ville.

Les tensions sont fréquentes entre les populations sédentaires de la région de Tombouctou et les “peaux claires”, Touareg et Arabes, qu’elles accusent d‘être responsables de ‘“braquages à longueur de journée”.

En avril, une manifestation pour protester contre le meurtre d’un jeune chauffeur de car avait dégénéré en scènes de pillage visant les communautés touareg et arabe de la localité proche de Goundam.

Les nouvelles tensions ont éclaté mercredi soir après que des inconnus ont forcés des barrages mis en place par des jeunes de Tombouctou après l’enlèvement pendant trois jours de deux des leurs, selon des témoins.

“Si l’armée malienne ne peut pas nous sécuriser, nous allons nous sécuriser nous même. C’est nous les vraies natifs de Tombouctou”, a déclaré à l’AFP un jeune manifestant, Younousse Touré, très remonté contre les “peaux claires”.

AFP

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