EU Executive Vice-President in charge of the European Green Deal, Frans Timmermans poses with ministers and envoys from the High Ambition Coalition during the U.N. Climate Change Conference (COP25) in Madrid, Spain, December 13, 2019. REUTERS/Nacho Doce - RC2CUD94CE8B

Aucun accord n’avait été trouvé vendredi soir pour définir les règles d’application de l’accord de Paris, faute d’une présidence forte exercée par le Chili.

Cela devait être «la COP de l’ambition», selon l’une des expressions les plus entendues à cette conférence sur le climat. L’état d’esprit lors des dernières heures de la COP25 en est loin. «On en est à un point ou si l’on n’obtient aucun résultat, ce serait moins pire que le retour en arrière que proposent certains pays», indique une source dans une délégation européenne. Ou encore: «C’est la COP des pleurs», selon un observateur.

Personne ne s’attendait vendredi après-midi à ce qu’un accord ne soit trouvé dans la journée. «Soit les parties négocient jusque tard dans la nuit, soit on habilite une journée de négociations ce samedi», indique-t-on côté espagnol, où l’on a organisé la conférence de Madrid sans pour autant occuper la présidence. Cette dernière est exercée par le Chili, incapable d’accueillir la COP sur son sol. «Exercée» semble un bien grand mot. «La présidence est extrêmement faible», observe le membre d’une délégation européenne bien connecté avec les participants latino-américains, qu’il dit «prodigieusement agacés: les pays en développement reprochent habituellement leur inaction aux pays développés. Cette fois-ci, ils ont la présidence, et ils observent que le Chili n’en fait rien!»

La directrice executive de Greenpeace, Jennifer Morgan, très inquiète de la paralysie des négociations, dit ne pas avoir vu, «le leadership dont on aurait besoin». Au Réseau action climat France, Lucile Dufour nuance: «La présidence est un chef d’orchestre. Si tous les musiciens jouent faux, le chef d’orchestre ne peut pas faire grand-chose. Les États n’ont pas soutenu cette présidence.»

Les ONG françaises auraient aimé que Paris, dont l’autorité morale reste grande quatre ans après la COP21, exerce davantage ses responsabilités. L’absence d’Emmanuel Macron a été remarquée, ainsi que la présence une seule journée de la ministre de la Transition écologique. Interrogée, Élisabeth Borne rappelle le passage du premier ministre à l’inauguration et juge au contraire que «La France est l’un des pays les plus présents».

Le rôle «significatif» de l’UE
Les pays européens étaient en tout cas les plus attendus de cette première conférence depuis le retrait de Washington de l’accord de Paris. «L’UE est le seul bloc de pays développés significatif, le seul capable de remplacer le rôle des États-Unis vis-à-vis de la Chine», juge Adlen Meyer, directeur de stratégie de l’Union of Concerned Scientists. Révélation de ce sommet, la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, jouit d’un très grand respect de ses pairs et même de la société civile. «Elle maîtrise les sujets, comprend les responsables politiques, et c’est une très bonne négociatrice», estime Meyer. Sauf que Madrid ne peut remplacer Santiago. «Ribera n’enfreindra pas l’une des règles de base de ces conférences, indique Jennifer Tollmann, conseillère au think-tank E3G, on n’affaiblit pas la présidence.»

Ribera a été désignée, aux côtés de son homologue de Singapour, pour faciliter la négociation du chapitre «ambitions» de ces négociations. La redéfinition des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre est l’une des urgences de cette COP: les pays doivent présenter en 2020 des «contributions déterminées au niveau national» (NDC, en anglais) revues à la hausse. Toute avancée en ce sens à Madrid aplanirait le terrain de la COP26, l’an prochain à Glasgow.

L’autre difficulté concerne la définition des règles d’application de l’article 6 de l’accord de Paris, qui doit organiser un marché mondial du carbone. Les pays les plus volontaristes veulent mettre fin à la double comptabilité des réductions d’émissions: une fois dans le pays qui la réalise effectivement et une seconde dans celui qui finance l’opération pour compenser ses niveaux de pollution. Ils veulent également surveiller le reversement des crédits issus des accords de Kyoto, parfois mal contrôlés, dans le nouveau marché carbone. Une vision fermement rejetée par plusieurs pays. «L’Australie, le Brésil et les États-Unis», énumère un représentant du Costa Rica. Sara Lickel, du Secours catholique, s’inquiète d’«une brèche énorme dans l’accord de Paris: les références aux droits humains ont disparu des textes». Pour Laurence Tubiana, architecte de la COP21, «Mieux vaut remettre à plus tard un accord sur ce sujet plutôt que de chercher un accord à tout prix.»

Tubiana reconnaît sa «déception», mais voit au moins trois points positifs dans les textes qui circulaient vendredi: «La science est mentionnée, les pays sont appelés à renforcer leurs engagements, et les acteurs non-étatiques sont appelés à jouer un rôle.»

lefigaro.fr

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