En 2026, la guerre au Moyen-Orient recompose les arbitrages énergétiques, au détriment du climat. Sur plusieurs marchés, la tension sur les flux de gaz et la volatilité des prix conduisent des opérateurs à sécuriser l’approvisionnement électrique avec des moyens pilotables déjà disponibles, dont le charbon. Ce rebond, signalé par plusieurs acteurs du secteur, intervient alors que les trajectoires de réduction des émissions reposaient sur une baisse progressive du charbon et une montée en puissance des renouvelables, appuyées par des moyens flexibles au gaz.
Les marchés du gaz réagissent aux risques au Moyen-Orient
La guerre au Moyen-Orient agit d’abord comme un facteur de risque sur les marchés de l’énergie, parce qu’elle renforce l’incertitude sur la sécurité des flux et sur le niveau futur des prix. Les traders et les acheteurs industriels intègrent une prime de risque liée aux routes maritimes, aux terminaux et aux infrastructures, ce qui renchérit le coût du gaz livré, même sans rupture physique immédiate. En résultat, les entreprises électriques et certains États privilégient des solutions perçues comme plus maîtrisables à court terme.
Dans plusieurs systèmes électriques, le gaz reste la variable d’ajustement pour équilibrer l’offre et la demande, car les centrales à cycle combiné démarrent plus vite que la plupart des alternatives. Mais quand le prix du gaz grimpe ou devient erratique, le coût marginal de l’électricité au gaz remonte. Les opérateurs sont alors tentés de faire tourner des centrales au charbon existantes, parfois déjà amorties, dont le combustible peut être acheté sur des marchés plus diversifiés, avec des contrats à plus long terme.
Ce mécanisme se produit même dans des pays qui avaient programmé des fermetures d’unités charbon. La logique est pragmatique, limiter la facture d’importation et éviter des tensions sur les réseaux durant les pointes, en particulier lors d’épisodes climatiques extrêmes qui font grimper la consommation. Les gestionnaires de réseau privilégient une réserve pilotable disponible, car les capacités renouvelables restent dépendantes de la météo et nécessitent du stockage, encore insuffisant à grande échelle.
Des responsables du secteur expliquent, sous couvert d’anonymat, que les décisions d’achat se prennent souvent à la semaine ou au mois, avec un objectif simple, garantir la continuité de service. Le prix de l’électricité devient alors la boussole des arbitrages, et la production charbon profite de sa flexibilité opérationnelle, malgré son intensité carbone. Ce retour en force reste hétérogène selon les régions, mais il pèse déjà sur les bilans d’émissions quand la production se déplace du gaz vers le charbon.

Les centrales à charbon redeviennent une assurance pour les réseaux
Le rebond du charbon s’explique aussi par l’état du parc électrique existant. De nombreuses centrales au charbon n’ont pas disparu, elles ont été mises sous cocon, converties en unités de réserve, ou maintenues pour la sécurité d’approvisionnement. Quand les prix du gaz montent, les exploitants réactivent ces moyens, parfois en augmentant les heures de fonctionnement, parfois en retardant des calendriers de fermeture.
Pour les réseaux, le charbon offre une production stable, avec des stocks sur site ou des livraisons planifiables. Dans un contexte où les importations de gaz naturel liquéfié deviennent plus chères, les acteurs cherchent à réduire l’exposition à une seule chaîne d’approvisionnement. Le charbon, bien que très émetteur, bénéficie d’une logistique mondiale ancienne, avec de multiples origines et des marchés spot profonds. En résultat, il sert de bouée de secours lors des pics de demande.
La contrainte n’est pas seulement économique. Les épisodes de forte chaleur accroissent l’usage de la climatisation et peuvent fragiliser des infrastructures. Des maintenances imprévues, des indisponibilités de centrales nucléaires ou des sécheresses limitant l’hydraulique renforcent la dépendance aux moyens thermiques. Dans ces scénarios, la priorité donnée à la sécurité d’alimentation conduit à maximiser le parc pilotable, même si cela se traduit par une hausse des émissions de CO2.
Les mécanismes de capacité et les marchés de réserve jouent aussi un rôle. Quand un État rémunère la disponibilité, une centrale charbon peut rester économiquement viable sans produire beaucoup, puis augmenter son taux d’utilisation lorsque les prix de gros l’incitent. Cette option attire particulièrement les systèmes où le développement du stockage par batteries et des interconnexions progresse, mais pas au rythme nécessaire pour se substituer entièrement aux centrales fossiles lors des pointes.
Ce retour du charbon est souvent présenté comme transitoire par les autorités et les industriels. Mais l’expérience du secteur montre qu’un transitoire peut durer si les signaux de prix persistent et si les investissements dans les alternatives bas carbone sont retardés. Les décisions prises en 2026, notamment sur l’extension de la durée de vie de certaines unités, peuvent engager les réseaux sur plusieurs hivers supplémentaires.

Le rebond du charbon complique les objectifs climatiques en 2026
Du point de vue climatique, le charbon reste le combustible le plus pénalisant pour produire de l’électricité. Passer du gaz au charbon augmente nettement les émissions par kilowattheure, même quand les centrales charbon sont modernes. Le signal est d’autant plus problématique que les stratégies climatiques reposent sur une baisse rapide des émissions du secteur électrique, censé être le premier à se décarboner pour permettre ensuite l’électrification des usages, chauffage, industrie, transport.
Ce rebond intervient alors que la transition dépend d’un triptyque, plus de renouvelables, plus de réseaux, plus de flexibilité. Quand l’un des piliers faiblit, par exemple une hausse prolongée des prix du gaz qui retarde l’investissement ou une baisse de la disponibilité hydraulique, le système se replie sur ce qu’il connaît. Les opérateurs expliquent que la fermeture d’une centrale charbon ne se décide pas seulement sur une moyenne annuelle d’émissions, mais sur la capacité à tenir une pointe de consommation à l’instant T.
La question des coûts est centrale. La montée des prix de l’énergie, si elle est répercutée sur les ménages, crée une pression politique pour contenir les factures. Dans ces conditions, un mix plus carboné peut apparaître comme une solution de court terme, car il évite des achats de gaz au prix fort. Mais cette logique engendre des coûts indirects, pollution de l’air, dépenses de santé, exposition accrue à de futures réglementations carbone, et risques de contentieux liés aux trajectoires climatiques.
Les industriels du secteur mettent en avant des outils d’atténuation, co-combustion, amélioration du rendement, captage et stockage du carbone. Mais le captage du CO2 reste coûteux et complexe à déployer à grande échelle, et il ne règle pas les enjeux de polluants atmosphériques. Les ONG et plusieurs chercheurs rappellent que la meilleure réduction d’émissions reste la baisse de la production charbon elle-même, combinée à une accélération des investissements bas carbone.
Dans ce contexte, les autorités se retrouvent face à un dilemme, sécuriser l’électricité au jour le jour, tout en maintenant une trajectoire de décarbonation. La crédibilité des plans climatiques dépend de la capacité à éviter que des mesures d’urgence ne deviennent des habitudes structurelles, au moment où la demande électrique est appelée à augmenter.
Renouvelables, nucléaire et sobriété: les réponses mises sur la table
Face au retour du charbon, plusieurs leviers sont mobilisés ou discutés en 2026. Le premier est l’accélération des renouvelables, solaire et éolien, avec des procédures administratives simplifiées dans certains pays et des investissements dans les raccordements. L’objectif est de réduire la dépendance aux combustibles importés et de stabiliser les coûts de production sur la durée, car une fois installées, ces capacités ont un coût marginal faible.
Mais l’intégration des renouvelables exige des réseaux renforcés et davantage de flexibilité. Les batteries progressent, mais restent limitées pour la gestion des longues périodes sans vent ou sans soleil. Les interconnexions transfrontalières offrent une mutualisation, mais elles nécessitent des années de travaux. De ce fait, les débats se concentrent aussi sur les moyens pilotables bas carbone, dont le nucléaire et l’hydraulique quand il est disponible, ainsi que sur des centrales au gaz compatibles avec des combustibles bas carbone à terme.
La sobriété et l’efficacité énergétique reviennent aussi au premier plan, parce qu’elles réduisent immédiatement la demande lors des pointes. Les dispositifs de pilotage de la consommation, contrats d’effacement pour l’industrie, tarification dynamique, thermostats connectés, peuvent diminuer le recours aux centrales fossiles. Certaines collectivités renforcent les plans de rénovation des bâtiments, pour limiter la consommation et atténuer l’impact des vagues de chaleur.
Les acteurs du marché soulignent que la cohérence des signaux économiques est déterminante. Un prix du carbone suffisamment incitatif, des mécanismes de soutien stables pour les investissements bas carbone, et une planification réaliste des fermetures fossiles évitent les retours en arrière. À l’inverse, un empilement de mesures d’urgence peut désorienter les investisseurs et prolonger l’usage des actifs charbon.
À court terme, les gestionnaires de réseau cherchent des compromis, maintenir des réserves pour garantir l’alimentation, tout en programmant des sorties graduelles dès que les alternatives sont opérationnelles. La guerre au Moyen-Orient rappelle surtout une constante du secteur, la transition énergétique dépend autant de la géopolitique et de la sécurité d’approvisionnement que des trajectoires climatiques affichées.
Questions fréquentes
- Pourquoi la guerre au Moyen-Orient peut-elle faire remonter l’électricité au charbon ?
- Parce qu’elle accroît l’incertitude sur les flux et les prix du gaz, ce qui renchérit l’électricité produite au gaz. Des opérateurs reviennent alors vers des centrales à charbon disponibles, déjà amorties, pour assurer une production pilotable et contenir le coût de l’approvisionnement à court terme.
- Le rebond du charbon signifie-t-il que la transition énergétique est arrêtée ?
- Non, mais cela signale une tension entre sécurité d’approvisionnement et trajectoire climatique. Quand les alternatives bas carbone et la flexibilité du système ne suffisent pas à couvrir les pointes, les systèmes électriques utilisent des moyens existants, dont le charbon, même si l’objectif reste de réduire rapidement les émissions.
- Quelles solutions réduisent le recours au charbon lors des pointes de consommation ?
- L’ajout de capacités renouvelables raccordées au réseau, le développement du stockage, des interconnexions, des moyens pilotables bas carbone, et des dispositifs d’effacement ou de sobriété. L’efficacité énergétique des bâtiments et le pilotage de la demande permettent aussi de limiter les pointes qui déclenchent l’appel aux centrales fossiles.
- Le charbon est-il vraiment plus émetteur que le gaz pour produire de l’électricité ?
- Oui, à production équivalente, le charbon émet davantage de CO2 par kilowattheure que le gaz. Le passage du gaz au charbon, même temporaire, dégrade donc le bilan carbone du secteur électrique, ce qui complique l’atteinte des objectifs climatiques.
À retenir
- En 2026, la guerre au Moyen-Orient augmente la prime de risque sur le gaz.
- Des réseaux relancent le charbon comme assurance de production pilotable.
- Le basculement gaz vers charbon accroît nettement les émissions de CO2.
- Renouvelables, stockage, nucléaire et sobriété visent à limiter ce retour du fossile.



