Gianni Infantino traverse une nouvelle séquence de contestation à la tête de la FIFA. Début août, l’instance a dû gérer une crise interne après l’abandon d’un projet de création d’une société commerciale, finalement retiré le 1er août. Dans la foulée, une réunion à Rabat, au Maroc, a débouché sur un message de soutien formalisé au président, adressé aux 211 fédérations et signé avec le secrétaire général Mattias Grafström.
Cette démonstration d’unité n’a pas suffi à éteindre les interrogations sur la place de l’argent dans la gouvernance du football mondial. Depuis dix ans, Infantino a mené une politique d’expansion et de redistribution, saluée par de nombreuses fédérations, tout en accumulant des controverses sur l’éthique, la transparence, et ses relations avec le pouvoir politique. Le débat revient avec une intensité particulière, parce que les chiffres, les procédures et les signaux envoyés par l’institution nourrissent des lectures opposées.
Rabat, 5 août: la FIFA verrouille le soutien à Infantino
La séquence de Rabat met d’abord en scène une organisation qui cherche à reprendre la main sur son récit. À l’issue d’une réunion de crise, la FIFA a diffusé un communiqué et une lettre aux 211 fédérations membres. Le message réaffirme que Gianni Infantino est le seul responsable élu par ces fédérations, et que l’administration soutient son action. Sur la forme, l’instance insiste sur la légitimité élective, argument central quand l’autorité est contestée.
Le contexte immédiat est l’abandon, le 1er août, d’un projet de création d’une société commerciale porté au sommet de l’exécutif. L’épisode a fissuré l’image d’un appareil parfaitement aligné, au point qu’un mail interne attribué à Mattias Grafström a été perçu comme une prise de distance avec l’initiative. La réponse institutionnelle, quelques heures plus tard, vise à effacer l’idée d’un désaccord stratégique entre le président et son numéro deux.
Ce type de clarification illustre une mécanique classique de gouvernance, à savoir verrouiller le canal de décision et la chaîne hiérarchique quand une controverse menace de devenir structurelle. Le risque, pour un dirigeant, n’est pas seulement médiatique. Il tient à l’émergence d’une coalition d’acteurs internes, confédérations, grandes fédérations, directions, qui pourrait imposer un rééquilibrage. La lettre de Rabat place la discussion sur le terrain de l’autorité plutôt que sur celui du fond.
Mais cette stratégie ne règle pas la question de l’acceptabilité du projet abandonné. Une organisation qui revendique la réforme, depuis la crise de corruption ayant précédé l’élection d’Infantino, est attendue sur des garanties de transparence et de contrôle. Le soutien officiel, en résultat, peut être lu comme un bouclier politique destiné à gagner du temps, sans répondre aux inquiétudes sur les règles internes, l’évaluation des risques et la manière dont les décisions majeures sont élaborées.
Salaires et bonus: une rémunération qui cristallise le débat
Le reproche l’argent roi se nourrit aussi de données de rémunération, parce qu’elles sont facilement comparables et symboliques. En mai 2024, il a été révélé que Gianni Infantino avait bénéficié d’une hausse de 33%, décidée par un comité indépendant après sa réélection. Son salaire de base est passé de 1,95 million de francs suisses en 2022 à 2,6 millions. À cette somme s’ajoute un bonus de 1,65 million de francs suisses, annoncé comme inchangé.
Ces montants ne prouvent pas, à eux seuls, un problème de gouvernance. Une organisation qui génère des revenus mondiaux peut rémunérer très haut ses dirigeants. Mais le football reste un secteur où la confiance se mesure à la cohérence entre discours et signaux. Quand la FIFA met en avant la solidarité financière, l’augmentation du salaire du président devient un marqueur de priorités. Même si la décision est encadrée, elle impose une justification politique.
La FIFA souligne aussi des efforts de transparence, en publiant les salaires de ses principaux cadres. Cette pratique, souvent absente dans d’autres structures internationales, peut être lue comme une réponse à l’opacité passée. Le débat se déplace alors vers la question suivante, la transparence suffit-elle si les organes de contrôle sont jugés trop dépendants du sommet. Dans le football, la publication d’un chiffre peut calmer une controverse, ou au contraire la renforcer si elle choque l’opinion.
La rémunération se retrouve aussi liée à l’idée de performance. Les défenseurs d’Infantino rappellent qu’il a redressé une situation financière jugée critique au moment de son arrivée, avec un trou rapporté de 550 millions de dollars après le départ de sponsors. Ses critiques opposent que la performance économique ne peut pas devenir l’étalon unique. Le cœur du débat porte sur l’équilibre entre gouvernance, exemplarité, et distribution de la valeur dans un sport qui revendique une mission d’intérêt général.
Enquête suisse et réunions Lauber: la transparence mise à l’épreuve
Le soupçon récurrent autour d’Infantino tient à un dossier emblématique, ses réunions non déclarées avec le procureur général suisse de l’époque, Michael Lauber, en 2016 et 2017. En 2020, les autorités suisses ont ouvert une enquête pénale sur ces rencontres. Le problème, relevé dans les récits publics, n’est pas seulement l’existence des réunions, mais le fait qu’il n’existait pas de procès-verbal officiel et que les participants ont dit ne pas se souvenir de détails clés.
L’affaire concentre des questions de conflit d’intérêts parce que Lauber supervisait des enquêtes en lien avec la FIFA, dont un dossier relatif à Sepp Blatter et au transfert allégué d’environ 2 millions de francs suisses à Michel Platini en 2011. La situation met en tension deux exigences. D’un côté, un président peut rencontrer des autorités judiciaires. De l’autre, l’absence de traçabilité et la nature des dossiers concernés installent un doute persistant.
Le traitement institutionnel a été contrasté. La commission d’éthique de la FIFA a blanchi Infantino en août 2020, selon des informations relayées à l’époque, et la procédure pénale a été close sans mise en accusation en 2023. Clôture ne signifie pas effacement du débat public. Dans une organisation marquée par une histoire de scandales, les standards attendus sont élevés, et la perception compte presque autant que l’issue juridique. Une partie des critiques vise la capacité de la FIFA à s’auto-évaluer.
Ce dossier rejoint une critique plus large, formulée lors d’une conférence en 2019, sur deux problèmes fondamentaux, un cartel politique concentrant le pouvoir et l’absence de contrôle indépendant efficace. La question devient alors structurelle. Comment garantir que les mécanismes de conformité ne sont pas fragilisés par la logique politique. Le cas Lauber sert d’exemple, car il combine proximité institutionnelle, manque de documents, et un environnement où l’éthique est souvent invoquée comme langage plus que comme contrainte vérifiable.
Jets privés, dépenses personnelles: le quotidien de la présidence sous microscope
Les controverses ne se limitent pas aux grandes affaires judiciaires. Dès 2016, quelques mois après son élection, Infantino a fait l’objet d’un examen par le comité d’éthique de la FIFA sur plusieurs points. Parmi eux figuraient de potentiels conflits d’intérêts liés à l’usage de jets privés mis à disposition par des pays hôtes de Coupes du monde. Ce sujet touche à une zone grise, car l’hospitalité et la logistique peuvent être invoquées, mais l’indépendance se joue aussi dans les apparences.
Une autre partie des critiques porte sur des dépenses personnelles facturées à la FIFA, avec des exemples cités publiquement, des matelas, des fleurs, une machine d’exercice, ou du linge personnel. Aucune de ces lignes ne suffit à définir une présidence, mais elles produisent un effet d’accumulation. Dans le contexte FIFA, la symbolique compte, car chaque facture alimente l’idée d’une institution déconnectée. Le débat devient celui des règles internes et de leur application.
Ces épisodes ont également alimenté des interrogations sur les nominations au sommet, avec des questions soulevées sur des recrutements à des postes clés sans vérification d’éligibilité, dont celui de la secrétaire générale Fatma Samoura à l’époque. Là encore, la controverse est moins une accusation définitive qu’un rappel d’exigences. Dans une structure mondiale, la solidité des procédures RH fait partie des garanties de bonne gouvernance.
Infantino a contesté certaines mises en cause, se disant consterné de voir son intégrité mise en doute, notamment dans un autre contexte, celui de contrats liés à ses années UEFA évoqués dans des révélations de type Panama Papers. Le fil rouge, pour ses détracteurs, est une présidence qui s’appuie sur le vocabulaire de la réforme tout en exposant des fragilités de contrôle. Pour ses soutiens, ces affaires sont instrumentalisées, et ne doivent pas occulter la redistribution et l’expansion du football mondial.
Trump, Mondial et profits: la FIFA entre influence politique et économie
La présidence Infantino se lit aussi à travers la politisation de la FIFA. Un épisode a provoqué une onde de choc, la revendication par Donald Trump d’un appel à Infantino pour faire annuler un carton rouge visant Folarin Balogun, déclenchant un tollé et rappelant l’interdiction d’ingérence politique inscrite dans les statuts. La fédération bosnienne, adversaire des États-Unis lors du match, a évoqué des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion d’une Coupe du monde, signe de la gravité symbolique.
Dans ce registre, la proximité assumée avec Trump a été documentée par plusieurs récits, jusqu’à l’épisode du FIFA Peace Prize remis lors du tirage au sort de la Coupe du monde en décembre 2025, après un soutien public d’Infantino à une nomination au Nobel. Ces séquences nourrissent l’idée d’une FIFA cherchant des relais dans les États puissants, au risque de fragiliser son image d’arbitre neutre. L’institution est exposée, parce que ses règles exigent l’indépendance politique.
L’argent revient aussi par la performance économique. Un récit médiatique a évoqué une FIFA ayant réalisé 15 milliards de dollars durant la Coupe du monde 2026, chiffre présenté comme dépassant les attentes. Même sans entrer dans le détail des lignes comptables, ce type d’annonce change l’échelle du débat. Plus les montants gonflent, plus la question de la redistribution devient centrale, qui reçoit, selon quels critères, avec quels contrôles, et quel impact sur l’équilibre des pouvoirs entre grandes et petites fédérations.
La même logique s’observe sur la désignation des hôtes et les relations internationales, avec une proximité marquée entre la FIFA d’Infantino et l’Arabie saoudite, dans un contexte où des critiques portent sur les droits humains. Des fédérations, comme la Norvège, ont exprimé leur défiance en s’abstenant dans un processus jugé contraire aux réformes de gouvernance. Infantino revendique une approche centrée sur l’argent pour le football, financement d’infrastructures et de développement, mais cette ligne se heurte à une demande croissante de garanties indépendantes, faute de quoi l’autorité morale de l’institution se fragilise.
À retenir
- La FIFA a réaffirmé début août son soutien à Gianni Infantino après l’abandon d’un projet de société commerciale.
- La hausse de salaire de 33% révélée en 2024 alimente le débat sur l’exemplarité et la gouvernance.
- Les réunions non déclarées avec Michael Lauber, sans procès-verbal, restent un point sensible malgré la clôture des procédures.
- Jets privés, notes de frais et procédures de nomination nourrissent des critiques récurrentes sur l’éthique interne.
- La proximité avec Donald Trump et les enjeux financiers du Mondial 2026 renforcent la politisation de la FIFA.
Questions fréquentes
- Pourquoi la FIFA a-t-elle envoyé une lettre de soutien à Gianni Infantino début août ?
- Après une réunion de crise à Rabat, la FIFA a adressé une lettre au Conseil et aux 211 fédérations membres pour réaffirmer le soutien de l’administration au président, dans un contexte de tensions internes liées à un projet de société commerciale abandonné le 1er août.
- Quels montants de rémunération ont été publiés concernant Gianni Infantino ?
- En mai 2024, une hausse de 33% a été révélée, portant le salaire de base de 1,95 million de francs suisses en 2022 à 2,6 millions. Un bonus de 1,65 million de francs suisses était aussi mentionné, annoncé comme inchangé.
- Que reproche-t-on aux réunions entre Infantino et le procureur suisse Michael Lauber ?
- Les critiques portent sur des réunions non déclarées en 2016 et 2017, l’absence de procès-verbal officiel et l’incapacité des participants à détailler précisément le contenu des échanges. Une enquête pénale a été ouverte en 2020 et la procédure a été close sans charges en 2023.
- Quels types de dépenses ont été cités dans les controverses liées à la présidence Infantino ?
- Des dépenses personnelles facturées à la FIFA ont été mentionnées, dont des matelas, des fleurs, une machine d’exercice et du linge. D’autres questions ont visé des avantages comme l’usage de jets privés mis à disposition par des pays hôtes.
- Pourquoi la relation entre Donald Trump et la FIFA a-t-elle suscité un tollé ?
- Un tollé est né après que Donald Trump a revendiqué avoir appelé Gianni Infantino pour obtenir l’annulation d’un carton rouge, ce qui a relancé le débat sur l’ingérence politique, interdite par les statuts de la FIFA et passible de sanctions.
Sources
- Infantino’s FIFA: Ten years of power, politics, and so-called ethics
- Gianni Infantino s’accroche à son trône à la FIFA après le scandale et l’abandon du projet d’ouverture aux investisseurs privés
- Gianni Infantino – 10 years as Fifa president – BBC Sport
- Le scandale de trop pour Gianni Infantino ? – 20 Minutes TV
- Gianni Infantino timeline at FIFA: Every decision and controversy, from World Cup hosts to money distribution – Yahoo Sports



