Cette fois c’est sûr, la réélection du Nigérian Akinwumi Adesina à la tête de la Banque africaine de développement dépendra des conclusions d’une enquête indépendante. Dans un communiqué publié tard jeudi soir, le bureau du conseil des gouverneurs de la BAD a autorisé une « revue indépendante du rapport du comité d’éthique » de la banque panafricaine, rapport qui avait blanchi début mai le président de l’institution des accusations de favoritisme. Une affaire qui connaît quelques rebondissements ces dernières semaines.

Démarrée en début d’année avec une plainte interne de lanceurs d’alerte, l’affaire semblait enterrée début mai à la suite des conclusions du comité d’éthique… Celles-ci disculpaient Akinwumi Adesina des accusations de prévarication, mais les lanceurs d’alerte sont revenus à la charge et ont réclamé une enquête indépendante. Une démarche confortée par la pression de Washington.

Le bureau du Conseil des gouverneurs, composé de trois pays, a eu du mal à prendre une décision consensuelle. Il a donc dû consulter tous les 54 pays africains et les 26 non africains, actionnaires de la BAD et constater qu’il y avait différents points de vue sur l’affaire.

Le communiqué du bureau du Conseil des gouverneurs, signé ce jeudi ne parle donc pas d’enquête indépendante, qui supposerait que le président de la banque panafricaine se mette en congé, mais plutôt de « revue indépendante du rapport du comité d’éthique ». Pour ne pas trop bousculer le calendrier électoral, la personnalité neutre qui sera bientôt désignée aura 2 à 4 semaines pour rendre ses conclusions.

Quel que soit le sort de l’actuel président de la BAD, cette affaire pourrait conduire à des changements du règlement intérieur de la banque panafricaine. La politique de dénonciation d’abus et de traitement des griefs sera passée au crible. Elle pourra donc être révisée, laisse entendre le bureau du conseil des gouverneurs de la BAD.

Éviter le conflit

Ce qui se joue en coulisses, c’est éviter un conflit entre grandes puissances autour du contrôle de cette institution clé dans le financement des États africains. Il y a d’un côté le Nigeria, premier actionnaire de la BAD et de l’autre les États-Unis, deuxième actionnaire. Au regard des positions prises dans cette affaire, c’est l’image même de l’institution financière panafricaine dédiée au développement qui se joue. Elle jouit jusqu’ici d’une excellente réputation auprès des agences de notation.

Face aux accusations qui visent son président, le chef de l’État nigérian Muhammadu Buhari soutient Akinwumi Adesina, ainsi qu’une douzaine d’anciens chefs d’État africains. Ce qui n’est pas le cas de plusieurs actionnaires non africains de la BAD, en tête les États-Unis. Pour le moment, Washington a obtenu qu’une personnalité indépendante de la Banque se penche sur l’affaire, mais Abuja a évité à son protégé une mise en retrait pendant les investigations qui vont commencer bientôt, ce qui serait une humiliation.

rfi

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