La campagne pour les élections législatives et municipales camerounaises, qui s’achève ce samedi 8 février 2020, n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme. À Douala, de nouvelles arrivées de réfugiés ont été enregistrées ces derniers jours dans le quartier de Bonabéri à cause du conflit entre armée et séparatistes, selon plusieurs ONG. La plupart d’entre eux n’iront pas voter dimanche.

J-1 avant les élections législatives et municipales au Cameroun prévues dimanche. Ces élections locales sont boycottées par une partie de l’opposition et de la société civile. Dans un Cameroun meurtri depuis trois ans par le conflit en zone anglophone entre armée et séparatistes, de nombreuses personnes fuient le scrutin.

L’armée a considérablement renforcé sa présence dans ces deux régions. Les séparatistes, eux, appellent les habitants à rester chez eux, avant, pendant, et après le scrutin sous peine de représailles. L’ONG Amnesty International a d’ailleurs dénoncé une flambée de violence à l’approche de ces élections. Fin décembre, l’ONU avait recensé 700 000 déplacés internes à cause de ce conflit.

« Je m’enregistre chaque année seulement pour des raisons de sécurité »

Esther* a profité d’une heure d’accalmie dimanche soir dernier pour quitter son village, près de Bali, dans le Nord-Ouest. Sans rien, à pied et à travers la brousse, elle a fui le regain de violence à l’approche du scrutin. Dimanche, elle ne pourra pas voter. « Comment faire pour voter ? Et voter où ? Je suis enregistrée à Bamenda et j’ai dû partir. C’est là que j’aurais pu voter si la situation le permettait. Mais Douala ce n’est pas ma ville », regrette-t-elle.

Dans une maison voisine, Frieda*, elle, est arrivée de Bali mercredi. Elle a fui, de peur, dit-elle, d’être prise en étau entre la pression des séparatistes et celles de l’armée camerounaise. « Dans mon village, tout le monde est parti. Les élections ce n’est pas un moment facile. Si tu vas voter, tu as des problèmes avec les séparatistes. Si tu ne vas pas voter, tu as des problèmes avec l’armée. Pendant la présidentielle de 2018 il y avait aussi beaucoup de coups de feu, mais jamais à un tel niveau », explique-t-elle.

Frieda* a trouvé refuge chez Karen*, la représentante des déplacés arrivée il y a plus d’un an. Elle s’est fait enregistrer pour pouvoir voter à Douala mais seulement pour avoir la paix, dit-elle. « Je n’irai pas voter. Il n’y a pas la paix dans le pays. Et puis pour qui voterais-je ? Personne. Mais je m’enregistre chaque année seulement pour des raisons de sécurité. Quand tu voyages on te demande, ou est ta carte d’électeurs ? Et si tu ne l’as pas, tu as des problèmes, on va te traumatiser sur la route », détaille-t-elle en montrant sa carte d’électeurs, qu’elle emporte partout avec elle.

Un chiffre très exagéré ?

De son côté, le ministre Paul Atanga Nji conteste. Selon lui, le chiffre de 700 000 déplacés est très exagéré. Il assure au contraire que la sécurité revient progressivement et incite les déplacés à rentrer chez eux pour aller voter. « Ce sont des élections locales. Si vous êtes inscrit dans une localité, vous devez aller voter dans cette localité, c’est la logique. (…) Je crois que pour ceux qui sont des déplacés, la plupart sont en train de rentrer que ce soit dans les régions du Nord-Ouest ou dans la région du Sud-Ouest pour aller voter parce qu’ils doivent voter, c’est la meilleure façon de participer à l’édification de notre destin commun », a déclaré Paul Atanga Nji à RFI.

*Les prénoms ont été changés

rfi

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