Pendant plus d’un demi-siècle, la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum fut l’objet d’un culte sans précédent dans le monde arabe. Par les extraordinaires qualités de sa voix et par le prodigieux effet de son chant sur la sensibilité arabe, elle a pris place au tout premier rang des phénomènes de l’art vocal.

« Née d’un cheikh peu fortuné d’un village du delta du Nil, Tamaï Ezzahaïra, dans la moudirieh (province) de la Dakahlieh, et d’une mère que la voix populaire désignait comme une descendante du Prophète, elle reçut à sa naissance le nom d’une des filles de Mahomet, Oum Kalsoum (encore translittéré sous les formes Oum Kalthoum, Umm Kulthum…). De son véritable nom Fatima Ibrahim al-Sayyid al-Beltagui, elle serait née le 4 mai 1904 selon certaines sources, le 18 décembre 1898 selon d’autres, le 31 décembre 1904 d’après des sources officielles égyptiennes. Les années 1902 et 1906 ont aussi été avancées », renseigne universalis.fr.

Sa vie ressemble à un conte. La petite fille fréquente un koutab (école coranique) dont le maître la terrifie et la contraint à effectuer de dures besognes domestiques. Son père, homme d’une piété rigoureuse, se rend très souvent, avec son fils Khaled, doué d’une belle voix, aux cérémonies religieuses publiques ou privées pour y psalmodier les versets du Coran. Un jour, la petite fille remplace inopinément son frère malade. L’auditoire voudra réentendre cette voix qui l’avait charmé. Ainsi naît une vocation. Oum Kalsoum quitte le koutab détesté et interprète des chants religieux, souvent habillée en garçon, car le cheikh, de mœurs austères, considère que le chant n’est pas un métier pour une jeune fille.

L’être social Um Kalthum était une femme subversive, assumant parfaitement son rôle dominant dans la scène musicale arabe : véritable patronne de l’orchestre et chef de l’entreprise artistique et culturelle qu’elle menait, véritable leader de cette équipe d’hommes qui ont travaillé pour elle, elle assumait aussi le fait de dire des sentiments amoureux et d’exprimer des opinions politiques devant des millions d’auditeurs fascinés, hurlant, dénonçant et criant ses révoltes, chuchotant ou susurrant ses doutes et ses secrets le plus intimes. Le caractère subversif d’Oum Kalthum réside aussi dans le fait qu’elle a représenté poétiquement, avec sa voix mais aussi son corps sur scène, les aspirations d’hommes et de femmes dans le cadre d’un imaginaire transgenre.

Principalement et largement consacrée au thème de l’amour, son œuvre a également abordé à la marge d’autres thématiques comme la religion ou la politique. Le genre patriotique en effet, à l’époque des décolonisations principalement et du nationalisme arabe, s’est essentiellement illustré dans des chants dénonçant l’oppression coloniale et glorifiant les peuples arabes.

Multipliant les concerts internationaux, elle effectue sa première prestation dans un pays occidental en France à l’Olympia pour deux prestations devenues mythiques les 13 et 15 novembre 1967. Elle exige de Bruno Coquatrix d’être l’artiste la mieux payée à jouer à l’Olympia, mais fera don de son cachet au gouvernement égyptien. Revendiquant ses propres origines paysannes, la chanteuse a toujours vécu sans ostentation, souhaitant rester proche de la majorité de ses compatriotes.

À partir de 1967, Oum Kalthoum souffre de néphrite aiguë. En janvier 1973, elle donne son dernier concert au cinéma Qasr al Nil et les examens qu’elle subit à Londres révèlent qu’elle est inopérable. Aux États-Unis, où son mari la conduit, elle bénéficie un temps des avancées pharmaceutiques, mais en 1975, rentrée au pays, une crise très importante la contraint à l’hospitalisation. La population de son petit village natal du Delta psalmodie toute la journée le Coran. Oum Kalthoum meurt le 3 février 1975 à l’aube. Ses funérailles se déroulent à la mosquée Omar Makram du Caire.

vonews.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here