Le Congolais Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, est un mélange de mère Teresa et de Nelson Mandela. Il soigne les rejetées de la société et se bat pour qu’on cesse de violer les corps et les droits des femmes. Nous l’avons rencontré dans son hôpital, à Bukavu.

Depuis qu’on a failli le tuer, en 2012, le gynécologue Denis Mukwege vit dans un petit pavillon de l’hôpital de Panzi, sous la surveillance constante de gardes du corps et de Casques bleus de l’ONU. Le matin de notre rencontre, le gynécologue vient de passer une partie de la nuit à opérer. Il débute quand même sa journée à 8 h; il rejoint des collègues pour visiter des patientes opérées récemment.

Enfant, Denis Mukwege accompagnait souvent son père pasteur quand celui-ci visitait des paroissiens malades. Il nous raconte qu’un jour, alors qu’il avait huit ans, la vue d’un petit garçon atteint de graves convulsions le bouleverse. Il ne comprend pas pourquoi son père se contente de prier au lieu de lui donner des médicaments.

Le pasteur lui répond qu’il n’est pas médecin. « J’ai eu le réflexe de dire : “papa, je serai médecin pour donner des médicaments, pour atténuer les souffrances”, et c’est devenu une obsession. »

Le jeune Congolais veut d’abord devenir pédiatre, mais quand il réalise le taux de mortalité des femmes en couches, il bifurque vers la gynécologie. En Afrique subsaharienne, la grossesse et l’accouchement restent les premières causes de mortalité des femmes.

Après des études en Europe, le médecin revient s’installer dans une région isolée de l’est du Congo.

En 1996, la guerre éclate, l’hôpital de Lemera est attaqué; le médecin échappe de justesse à la mort, alors que presque tous ses collègues sont assassinés. Le docteur Mukwege revient alors chez lui, à Bukavu, où il ouvrira l’hôpital de Panzi en 1999.

Il se voit alors confronté aux mutilations génitales pratiquées sur les femmes. Profondément marqué par ces violences, il décide de faire connaître au monde la barbarie dont sont victimes les femmes à l’est de la république démocratique du Congo, et d’agir pour leur venir en aide. Dans une région où le viol collectif est utilisé comme arme de guerre, il se spécialise dans la prise en charge des femmes victimes de ces agressions sexuelles, leur apportant une aide médicale mais aussi psychique, économique et juridique.

Il est reconnu comme l’un des spécialistes mondiaux du traitement des fistules ; il reçoit à ce titre, entre autres, deux distinctions universitaires en 2010 (voir Distinctions).

Le 25 octobre 2012, il est victime d’une agression en plein centre de Bukavu. Le gardien de sa maison est abattu après l’avoir alerté d’un danger, sa voiture est incendiée et Mukwege est ligoté. Mais grâce à l’intervention des riverains, qui se portent à son secours, il en sort sain et sauf. Il se réfugie alors quelques mois en Belgique avant de repartir travailler au Congo-Kinshasa.

En 2018, il reçoit le prix Nobel de la paix avec Nadia Murad, pour leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre.

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