Guillaume Soro : “Le président Ouattara ne méritait pas nos sacrifices”, la désillusion d’un ancien chef rebelle

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On les croyait inséparables, mais la politique en a décidé autrement. Le torchon brûle désormais entre le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son ex-allié, l’ancien chef rebelle Guillaume Soro, qui était aux commandes de la rébellion armée qui a porté au pouvoir l’actuel chef de l’Etat ivoirien. A la suite de la crise post-électorale de 2010-2011, cette guerre fratricide pour conquérir le pouvoir avait fait plus de 3 000 morts.

La disgrâce après les honneurs
C’est l’histoire d’un ancien jeune leader étudiant, qui a gravi les échelons du pouvoir jusqu’aux hautes charges de l’Etat, en passant par le maquis. Il a occupé le poste de Premier ministre, puis celui de président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, au lendemain de l’accession au pouvoir de son mentor, le président Alassane Ouattara. Aujourd’hui sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par les autorités ivoirienne, Guillaume Soro, en exil en France, ne décolère pas. Sur son compte Twitter, il dit regretter les sacrifices qu’il a consentis avec ses camarades pour offrir les clés du pouvoir à Alassane Ouattara.

Guillaume Soro se rappelle avec amertume de cet “homme charmant”, originaire comme lui du nord de la Côte d’Ivoire, qui avait débarqué dans le pays en 1990 en provenance du FMI à Washington. Il avait mené à ses côtés le combat pour une alternance politique à l’heure du parti unique. “J’ai été séduit par son CV. Je l’ai soutenu. Nous étions cinq camarades, quatre sont morts,” confie-t-il au Journal du Dimanche (JDD). Guillaume Soro accuse Alassane Ouattara “d’avoir franchi la ligne rouge”, en briguant un troisième mandat, en violation de la Constitution ivoirienne.

“Je suis déçu et je le regrette”
Guillaume Soro n’a jamais caché ses ambitions politiques. Il s’était préparé de longue date à l’élection présidentielle prévue le 31 octobre 2020, avec l’espoir de succéder à son ancien allié auquel il s’est toujours dévoué. C’était sans compter avec les aléas de la politique. Exilé en France, c’est à des milliers de kilomètres de sa Côte d’Ivoire natale qu’il assiste, impuissant, aux préparatifs de cette échéance capitale. Il a été définitivement radié des listes électorales sur décision de la justice ivoirienne qui l’a condamné à 20 ans de prison pour détournement de biens publics. Guillaume Soro dénonce une parodie de justice.

Qu’est-ce-qui a pu se passer pour que l’ancien opposant si humain devienne “si arrogant et prêt à humilier et à broyer tout le monde” ? Est-ce-la folie des grandeurs ?, demande l’ancien allié inconditionnel du chef de l’Etat ivoirien. Guillaume Soro refuse de baisser les bras. Il rassure tous ses partisans, il poursuivra son combat politique. Quoi qu’il arrive.

Faut-il craindre une nouvelle rébellion ?
Pour le quotidien burkinabè Le Pays, il y a lieu de craindre qu’à l’allure où vont les choses, la Côte d’Ivoire ne soit “pas à l’abri d’une nouvelle rébellion, tant ce jeune loup aux dents longues est capable de tout et compte de nombreux soutiens qui sont loin d’être des enfants de chœur”.

Guillaume Soro a mis en garde contre une élection “qui sonne les prémisses d’une crise post-électorale”. Le pays va brûler, a-t-il lancé dans une interview publiée par le Journal du Dimanche, le 8 août. Il accuse son ancien mentor d’entraîner la Côte d’Ivoire dans “un tunnel d’incertitude”, qui risque de l’atteindre également.

francetvinfo.fr

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