Peut-on envisager un nouvel ordre mondial sans un effacement total de la dette, sans une remise en questions de certaines conventions internationales qui créent des paradis fiscaux, des zones de non droit, des pavillons de complaisance ? La grande corruption internationale ne procède-t-elle pas de cette situation d’impunité internationale? Si ce qu’on appelle l’aide au développement retourne dans les comptes-offshore par des mécanismes qui échappent à tout le monde, doit-on continuer les mêmes pratiques ? Les mêmes causes engendrent toujours les mêmes effets.

Le Chef de l’Etat sénégalais a bien raison d’appeler la communauté internationale à effacer la dette de l’Afrique eu égard aux pertes de ressources et de croissance que cette pandémie fait subir à notre continent. Les ressources tirées des transactions internationales et les fuites, sous diverses formes, des capitaux vers les pays du Nord justifient à suffisance la pertinence et l’opportunité d’un tel appel. Lequel demeure une requête des  peuples africains, même s’il est différé dans sa mise en œuvre.

La crise actuelle n’est pas que sanitaire. Elle est aussi économique et morale. Elle appelle à une remise à plat de certaines logiques que beaucoup attribuent à un néocolonialisme déguisé. Le monde n’est plus bipolaire. L’époque de la guerre froide est révolue. Les clivages gauche-droite n’ont jamais profité à l’humanité. Les conflits artificiellement créés pour des intérêts égoïstes n’ont jamais profité aux peuples. On se rend compte aujourd’hui que la seule bataille à mener est celle de la santé et la survie de l’humanité. Les guerres déclarées au nom de la démocratie et des droits de homme, les conflits entretenus sous le prétexte de libérer des peuples du joug du radicalisme sous toutes ses formes, les oppositions savamment entretenues par de sacro-saintes alliances internationales dont la finalité est d’exploiter les ressources de ceux qui n’ont pas le droit de dire non, voilà ce à quoi nous a conduit un monde pensé pour et par une minorité écrasante.

Aujourd’hui, la nature est en train de défaire ce que ces minorités toutes puissantes ont tenté de faire. De façon inattendue, ce monde qu’elles ont voulu reconstruire à leur manière, leur glisse entre les mains. Leurs manipulations tous azimuts semblent leur échapper sans qu’ils ne puissent accuser ni forces étrangères, ni groupes radicales, ni forces obscures tapies dans l’ombre. Ce qu’elles ont tenté de bâtir en utilisant un système mondial pensé par et pour elles, la nature est en train de le déconstruire.

Pendant longtemps des voix se sont élevées pour fustiger les comportements anthropiques, cette propension de l’homme à changer ce que la nature lui a offert et à travestir l’héritage des anciens. La question des changements climatiques comme des manipulations génétiques est là pour en attester. Les alertes n’ont eu aucun effet sinon de diaboliser et stigmatiser ceux qui, au nom de l’humanité, tentent de dire non à cette arrogance de l’être humain. Voilà qu’aujourd’hui, un simple virus nous fait oublier les guerres de positionnement qui ne profitent qu’à des intérêts égoïstes.

Le temps de la stigmatisation et de la diabolisation semble être mis entre parenthèses, ne serait-ce que pour combattre une puissance à la fois invisible et destructrice : le covid19. Avec le coronavirus, tous les pays du monde n’ont plus qu’un ennemi commun à combattre. Plus qu’une alliance ou une coalition mondiale, l’humanité s’est engagée dans une solidarité dictée par les épreuves de la nature.

Quand on apprend que des centaines de milliardaires dont les comptes sont bourrés sont soit morts soit immobilisés par le covid19, on se demande alors pourquoi cette course effrénée vers des richesses qui ne profitent pas aux peuples.

C’est dire à quel point un nouvel ordre mondial est devenu un impératif majeur pour l’humanité. Le covid19 comme tous les virus n’ont pas de frontière. On ne l’arrête pas comme on le fait des vagues d’émigrés. Il passe toutes les frontières et s’attaque à tous les systèmes (de santé/économique/social). Et jusqu’à présent aucun pays n’y résiste. Ayons donc l’humilité d’avouer nos faiblesses de simples humains face à un tel phénomène. Ayons surtout le courage d’accepter que la solution peut venir de partout, y compris des pays de la périphérie.

Le nouvel ordre mondial suppose que les investissements doivent se faire aussi bien dans le Nord que dans le Sud car les solutions des uns doivent et peuvent venir des autres. Le monde du 21ème siècle ne sera ni bipolaire ni tripolaire. Il ne sera ni de l’Est ni de l’Ouest. Il ne sera ni du Nord ni du Sud. Ni du monde ni du tiers-monde. Il est un et indivisible car comme le vent, les phénomènes traversent la planète. Ce virus n’est ni chinois, ni américain, ni même extraterrestre. Il est tout simplement planétaire car il est de notre monde et de notre temps.

Restons donc unis et déterminés pour ce nouvel ordre mondial, pour entrer cette fois de plain-pied dans la locomotive de l’histoire.

Mamadou Kassé, Journaliste

madoukasse@yahoo.fr

 

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