Madagascar: un débat sur les lanceurs d’alerte questionne leur place et leur protection

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Lors d’un débat organisé mardi 15 septembre par Transparency International – Initiative Madagascar sur la place de ces activistes dans la société malgache, l’un des participants, le secrétaire général du ministère de la Justice, a reconnu la nécessité d’élaborer une loi pour protéger ces individus, très souvent dénigrés, intimidés voire menacés suite aux révélations publiées.

Sur la Grande Île, il existe déjà plusieurs dispositions légales pour protéger ces citoyens d’un genre particulier, mais elles sont éparpillées dans différents textes de loi tous relatifs à des domaines spécifiques. Par exemple, la protection des témoins se trouve dans la loi sur la corruption, protection des sources dans le nouveau code de la communication médiatisée, etc. Il est difficile dans ces conditions de pouvoir garantir la protection à des personnes qui risquent gros en agissant pour le bien commun.

Un débat animé

Le débat de mardi a eu le mérite d’exposer des points de vue très divergents. « Ce n’est pas parce qu’il y a des lanceurs d’alerte en Occident que Madagascar doit dupliquer ce modèle », expose le directeur de la régulation des médias, rattaché au ministère de la Communication. D’après lui, culturellement, la société malgache ne serait pas encore prête à recevoir toutes les révélations des lanceurs d’alerte.

« Faux », rétorque pour sa part Lova Rabary, la rédactrice en chef du média en ligne 2424.mg. « À mon avis, à Madagascar, les gens sont prêts à entendre les alertes, il faut juste que l’on sache leur transmettre ces infos-là sans heurter leur culture. Par exemple, ce n’est pas parce qu’il y a des Femen en Europe et que des femmes se promènent seins nus que l’on va faire la même chose à Mada. Parce que ça ne passerait pas. Il faut trouver d’autres moyens de lancer des alertes, de faire en sorte que ça puisse être compris par les gens. »

Même son de cloche pour Herilaza Imbiki, le secrétaire général du ministre de la Justice. Mardi, il a créé la surprise en s’engageant oralement à pousser pour la rédaction d’une loi régissant les droits et devoirs des lanceurs d’alerte. « Je pense que c’est le moment ou jamais de les protéger et de mettre en place une grande loi novatrice. Ce sera un grand pas vers la réalisation de la démocratie dans le pays, qui en est encore à ses balbutiements. Et je pense qu’il y a une ouverture au niveau de l’esprit même du Malgache qui veut prendre ses responsabilités pour dénoncer et ne plus accepter aucune forme d’injustice. »

Peu de lanceurs d’alerte

Toutefois, rappelle la journaliste, les lanceurs d’alerte ne sont pas nombreux. « Il y en a très peu et ceux qui sont là ont souvent peur de s’exprimer, parce que quand on dénonce les choses, au mieux, on est taxé d’être opposants au régime, au pire, de porter atteinte à la sureté de l’État. Surtout depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire [en vigueur depuis le 21 mars 2020, ndlr] ».

La transparence évite les plaintes, explique Ketakandriana Rafitoson, la directrice exécutive de Transparency International-Initiative Madagascar et modératrice du débat. « Que l’État rende des comptes plus souvent à la population, meilleure sera la confiance et cela évitera bon nombre de scandales sur les réseaux sociaux, pas toujours constructifs », conclut-elle.

rfi

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