Entre Lagos, Abuja et l’État d’Ogun, ce sont presque 30 millions de personnes qui seront confinées à partir de ce lundi soir au Nigeria. Une décision annoncée, ce dimanche, par le président pour tenter de limiter la propagation du coronavirus. Ce matin, dans la capitale administrative du pays, l’ambiance était aux ultimes préparatifs. Reportage.

Le coffre ouvert de son véhicule break débordant de bouteilles de gaz brinquebalantes est le dernier souci de ce conducteur d’Abuja. Les mains accrochées à son volant, le regard dans le vague, il est bloqué dans un embouteillage comme plusieurs de dizaines d’automobiles tout près du marché de Gwarinpa, un des plus grands quartiers résidentiels de la capitale administrative. Avant le début de la mise sous cloche, ce sont les dernières courses. Ici une minorité croissante porte un masque ou des gants, objets de luxe pour la majorité de gens vivant en dessous du seuil de pauvreté.

Le marché de Gwarinpa n’est pas bondé, mais bien rempli. Il est moins bruyant que d’habitude. Les transactions se font de façon mécanique. La sidération et l’inquiétude se lisent sur presque tous les visages. Pas de respect des distances entre acheteurs et commerçants. Comme si les gens avaient besoin d’une dernière proximité sur ce marché aux fruits, légumes, viandes et poissons.

Les nombreux policiers masqués observent pour l’instant sans intervenir. Mais déjà beaucoup de coiffeuses, vendeurs de fripes et de chaussures, magasins d’accessoires ont anticipé l’ordre de confinement qui entrera en vigueur à 23 heures heure locale ce lundi soir.

Un véritable défi

Imposer le confinement à presque 30 millions d’habitants est un défi de taille pour le Nigeria. D’autant plus que des centaines de milliers, voire des millions de Nigérians, à Abuja et Lagos, vivent dans l’extrême pauvreté. Et pour eux, c’est une mission presque impossible de survivre durant le confinement sans pouvoir sortir. En effet, ils vivent le plus souvent dans des logements et quartiers insalubres avec peu d’accès à l’eau potable, et parfois sans électricité durant plusieurs jours.

Le président Muhammadu Buhari a promis le versement de deux mois d’avance d’allocations pour les bénéficiaires du revenu dédié aux plus pauvres. Mais cette mesure va-t-elle réellement s’appliquer dans un pays habitué davantage à la charité ponctuelle qu’à la solidarité de l’État providence ? Quid également des capacités réelles d’Abuja au moment où la chute du baril de pétrole remet en cause le budget 2020 du Nigeria.

Le président Buhari a parlé de plusieurs dizaines de millions d’euros disponibles pour la mise en place du confinement. Mais aura-t-il les moyens de cette ambition ? Enfin, ce confinement initial est prévu pour 14 jours, mais comment les résidents d’Abuja et surtout de Lagos vont-ils s’y soumettre, surtout si cette mesure était appelée à durer ? Le roi de l’afrobeat Fela Kuti chantait « Suffering and Smiling » (Souffrir en souriant), Abuja, Lagos et l’État d’Ogun se préparent au confinement sans joie, en anticipant la douleur.

rfi

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