Toujours plus vorace en données personnelles, Google fait depuis quelques années de nombreux efforts pour s’immiscer dans le secteur de la santé, et ce avec les meilleures intentions du monde à en croire le discours tenu par la firme.

Après la publicité sur Internet, les voitures autonomes et les comptes en banque, Google veut se lancer dans un nouveau domaine : la santé. Dans une longue enquête, le Wall Street Journal est revenu sur les ambitions audacieuses du géant de la recherche dans le secteur. Des accords pas toujours très clairs avec des hôpitaux à l’exploitation décomplexée des données de santé des millions d’individus, Mountain View fait le maximum pour placer ses pions sur ce marché porteur.

Afin de mieux comprendre les ambitions de l’entreprise, il convient de repartir un peu en arrière. Fin 2018, le géant du web débauchait David Feinberg, alors PDG d’un réseau de centres de soin qui offre ses services à plus de 3 millions de personnes aux États-Unis. Propulsé à la tête du service santé de Google, le responsable expliquait “être là pour garder les gens en bonne santé, pas vendre des pubs”. Pour ce faire, de nombreux accords ont été passés avec des cliniques à travers le pays, visant à leur offrir une solution logicielle clé en main afin d’améliorer les outils de diagnostic et faciliter la vie des praticiens.

Carnet de santé numérique
En quelques mois, l’entreprise a noué de nombreux accords qui lui donnent accès à des dizaines de millions de dossiers médicaux, explique le Wall Street Journal. Fin 2019, l’un de ces deals avait fait sévèrement grincer des dents et avait permis au grand public de voir l’étendue des ambitions de Google dans le secteur. Comme beaucoup l’ont découvert à cette occasion, Google a accès aux données de santé de millions de personnes. Y figurent leurs noms, dates de naissance, types de traitements, etc.

Aucune fourberie de la part de Google ici, Le Health Insurance Portability and Accountability Act (loi américaine passée en 1996) permet en effet aux groupes hospitaliers de partager leurs données avec des entreprises tierces. Google a donc accès à toutes ses données parfaitement légalement.

Cette immense base de données a permis à la société de développer le projet Guardian qui consiste en un moteur de recherche capable de sortir un carnet de santé numérique sur des dizaines de millions de patients et patientes. De quoi donner des sueurs froides aux défenseurs de la vie privée.

Il n’y a pas d’alternatives
Google a pourtant assuré au Wall Street Journal qu’il n’y avait pas de lien entre son activité dans le monde de la publicité et celui de la santé, même si la firme a tout à fait le droit d’exploiter ses données comme elle le souhaite. Mais d’après le vice-président de la branche, Google se préoccupe plus du bien commun que des profits. Même Eric Schmidt aurait dit au responsable de “ne pas se préoccuper d’argent”. Les mille et quelques personnes travaillant sur le sujet ont donc simplement pour but d’aider les algorithmes à établir les meilleurs diagnostics possible.

Étant donné la cause noble qui sous-tend cette activité, David Feinberg explique sans détour “qu’il ne laissera personne s’extraire de ce système”. Selon le responsable, cela risquerait de dégrader la prise en charge puisque Google “ne pourra plus s’occuper de vous”. Nonobstant, certaines entreprises médicales ont préféré se passer de l’aide de Google. Cerner (une entreprise US spécialisée dans la gestion et l’infrastructure informatique médicale) a par exemple expliqué qu’il “ne parvenait pas exactement à identifier le modèle économique de Google sur le sujet”.

Google est loin d’être la seule entreprise à tenter d’entrer dans le juteux monde de la santé. Amazon et Facebook traînent aussi quelques casseroles dans le domaine. Mais cela n’empêche pas ces géants du web de persister, comme si la défiance croissante à laquelle ils font face ne suffisait pas à les décourager de s’immiscer encore un peu plus dans la vie de leurs clientèles.

Source : Wall Street Journal

lesnumeriques.com

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