Le gouvernement italien annonce préparer le retour de l’énergie nucléaire, près de 40 ans après l’arrêt de la filière, dans un contexte de prix de l’électricité sous tension, de dépendance énergétique et d’objectifs climatiques européens. L’information, relayée par Vietnam. vn, relance un débat ancien en Italie, marqué par une histoire politique complexe et par deux consultations populaires qui ont durablement figé le sujet.
Au cœur du projet, Rome veut réintroduire une production pilotable capable de compléter l’essor des renouvelables, tout en réduisant l’exposition aux importations d’énergie et aux variations des marchés. Cette stratégie suppose une architecture réglementaire, des choix technologiques et un consensus social qui n’existent pas encore au même niveau que dans les pays européens déjà dotés d’un parc nucléaire.
Le calendrier annoncé reste à préciser, mais l’enjeu est immédiat, l’Italie importe une part importante de son électricité, notamment depuis la France et la Suisse, et reste dépendante du gaz pour la production nationale. La relance du nucléaire s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté énergétique, la compétitivité de l’industrie et la trajectoire de décarbonation à l’horizon 2030-2050.
Giorgia Meloni met le nucléaire au cœur de la sécurité énergétique
En 2026, l’exécutif conduit par Giorgia Meloni inscrit la relance du nucléaire dans une logique de sécurité d’approvisionnement, à la fois pour réduire la dépendance au gaz et pour limiter l’impact des chocs de prix sur les ménages et les entreprises. Le message politique vise un mix électrique plus robuste, capable de fonctionner quand l’éolien et le solaire produisent moins, sans recourir systématiquement aux centrales thermiques.
Sur le plan économique, le gouvernement cherche à rassurer l’industrie, particulièrement exposée au coût de l’électricité. Les secteurs électro-intensifs, de la sidérurgie à la chimie, demandent de la visibilité sur des horizons longs, ce que les contrats d’approvisionnement à court terme ne garantissent pas. Dans ce cadre, la relance nucléaire est présentée comme un outil d’ancrage de prix plus stables, même si les coûts d’investissement initiaux restent élevés.
Le débat politique se heurte à un passif national. L’Italie a déjà connu une filière nucléaire civile, stoppée après la fin des années 1980, sur fond de rejet social durable. Ce passif complique la communication de l’exécutif, qui doit distinguer la question de la sûreté et celle de l’opportunité économique. Le gouvernement doit aussi tenir compte du rôle des régions et des collectivités locales, susceptibles de peser fortement sur l’acceptabilité et sur les procédures.
Rome avance aussi un argument climatique, car l’électricité d’origine nucléaire est faiblement émettrice de CO2. Dans une Union européenne engagée sur la baisse des émissions, le choix d’une production pilotable bas-carbone est présenté comme complémentaire des énergies renouvelables. Mais la crédibilité de la stratégie dépendra des textes concrets, du choix de technologie et d’un calendrier compatible avec les besoins à court terme, un point souvent critiqué par les opposants qui privilégient des solutions plus rapides à déployer.
Le gouvernement devra enfin arbitrer entre annonces nationales et coordination européenne. L’Italie importe déjà une électricité dont une partie est d’origine nucléaire via ses voisins. La relance d’un programme domestique modifierait sa position dans les discussions européennes sur le financement des infrastructures, la taxonomie, les interconnexions et le marché de capacité, autant de dossiers qui déterminent la rentabilité future d’un parc.

Un retour après 40 ans, entre référendums et démantèlement des sites
La relance annoncée intervient près de 40 ans après l’interruption de la filière, une durée qui a eu des effets industriels très concrets. Les compétences d’exploitation, la chaîne d’approvisionnement et une partie de l’écosystème d’ingénierie se sont réduits, même si l’Italie conserve des acteurs industriels capables de travailler sur des projets énergétiques complexes. Reconstituer une filière demande du temps, des formations, des recrutements et des partenariats internationaux.
La question de la mémoire collective est centrale. Les référendums passés ont ancré l’idée d’un choix national défavorable au nucléaire, ce qui impose une stratégie de transparence et de débat public si le gouvernement veut éviter une polarisation immédiate. Les opposants mettent souvent en avant la sûreté, les déchets et la durée des chantiers. Les partisans insistent sur la stabilité du système électrique et sur la réduction de l’usage du gaz. Sans démarche structurée, le sujet risque de se transformer en conflit territorial lors de l’identification de sites potentiels.
Il existe aussi un héritage matériel, celui du démantèlement et de la gestion des matières et déchets issus des anciennes installations. Le redémarrage d’une filière ne se fait pas sur une page blanche, car il implique des autorités, des normes, des procédures de contrôle et une gouvernance claire. Dans ce contexte, la crédibilité d’un retour du nucléaire dépendra aussi de la capacité de l’État à montrer que les dossiers historiques sont traités avec rigueur, notamment sur la sûreté et la traçabilité.
Le défi est aussi institutionnel. Pour accueillir de nouvelles installations, l’Italie doit mettre à jour ou créer des cadres, depuis la planification énergétique jusqu’aux procédures d’autorisation et de consultation. Les exemples européens montrent que la stabilité réglementaire est déterminante, car les projets se financent sur des décennies. Sans règles claires sur le modèle économique, les garanties publiques et l’intégration au marché électrique, les investisseurs restent prudents.
Enfin, le facteur temps pèse sur le débat. Le nucléaire est souvent présenté comme une réponse structurelle, mais il ne règle pas les tensions immédiates si les premiers mégawatts n’arrivent qu’après de longues étapes administratives et industrielles. Les partisans du projet répondent que l’Italie doit décider tôt pour disposer d’options bas-carbone à moyen terme. Les opposants répliquent que les priorités doivent rester l’efficacité énergétique et l’accélération des renouvelables.

SMR et réacteurs avancés, la piste technologique privilégiée par Rome
Pour réduire les risques associés à un grand programme de réacteurs de forte puissance, Rome met en avant des options dites avancées, dont les SMR (petits réacteurs modulaires). L’idée consiste à viser des unités plus compactes, potentiellement standardisées, avec des calendriers de construction annoncés comme plus maîtrisables. Dans le débat italien, cette piste sert aussi à contourner une partie de l’hostilité liée à l’image des grandes centrales historiques.
La prudence s’impose sur les promesses industrielles. Les SMR restent, selon les modèles, à des degrés différents de maturité et de déploiement commercial. Leur compétitivité dépendra des séries, de la réglementation, du coût du capital et de la capacité à industrialiser la fabrication. Pour l’Italie, qui doit reconstruire une filière, la question est de savoir si elle veut acheter des technologies clés en main, s’associer à des partenaires européens, ou développer une base industrielle locale.
Le choix technologique est lié au réseau électrique. Des unités plus petites peuvent mieux s’intégrer dans certaines zones industrielles, en fournissant de l’électricité mais aussi de la chaleur pour des procédés, ou en appui à l’hydrogène bas-carbone. Dans cette perspective, le nucléaire est présenté comme un outil de décarbonation plus large que la simple production électrique, à condition que les usages industriels soient planifiés et que la demande soit sécurisée par des contrats de long terme.
La sûreté et la gestion des déchets restent incontournables. Même avec des technologies nouvelles, l’Italie devra définir une stratégie de combustible, de stockage et de contrôle. Le débat public sera très sensible à la question des déchets, souvent perçue comme non résolue, et à la capacité des autorités à surveiller et sanctionner. Les promoteurs du nucléaire insistent sur les cadres internationaux de sûreté et sur les standards européens, mais la confiance se gagne par des procédures accessibles et des inspections crédibles.
Le financement constitue un autre nœud. Les projets nucléaires exigent des montages financiers robustes, car l’investissement initial est élevé et la rentabilité se joue sur le long terme. Les discussions portent sur des mécanismes de type contrats pour différence, garanties de l’État, ou modèles hybrides. Sans visibilité sur le coût final du kilowattheure, le nucléaire pourrait être contesté face à des investissements dans le stockage, les réseaux et la flexibilité, domaines aussi prioritaires pour intégrer plus de renouvelables.
Importations, gaz et interconnexions, l’équation énergétique italienne en 2026
En 2026, l’Italie reste structurellement exposée aux importations d’énergie, avec une dépendance marquée au gaz pour produire de l’électricité et alimenter l’industrie. Cette dépendance rend le pays sensible aux tensions géopolitiques et à la volatilité des marchés. La relance du nucléaire est présentée comme un moyen de réduire cette exposition, même si son effet ne serait pas immédiat.
Le système électrique italien s’appuie aussi sur des interconnexions importantes avec ses voisins. Ces flux permettent d’importer de l’électricité lors des pics de demande, y compris de l’électricité d’origine nucléaire venant de pays producteurs. Dans ce contexte, un retour du nucléaire domestique vise une réduction des achats extérieurs et une meilleure maîtrise des conditions d’approvisionnement, mais il doit être coordonné avec les investissements sur le réseau, la flexibilité et la capacité de stockage.
La montée en puissance du solaire en Italie est souvent citée comme un atout, mais elle renforce la question de l’équilibrage. Quand la production photovoltaïque baisse, le système a besoin de moyens pilotables. Aujourd’hui, ce rôle est souvent assuré par des centrales au gaz. Le gouvernement estime qu’un socle nucléaire pourrait limiter l’usage du gaz en base et accompagner l’électrification des usages, par exemple dans le transport et le chauffage, tout en soutenant la stabilité du réseau.
Les renouvelables restent incontournables dans le mix. Le débat oppose moins le nucléaire et les renouvelables qu’il ne porte sur la hiérarchie des investissements, car les budgets publics et privés ne sont pas infinis. Le nucléaire nécessite des décisions centralisées, des sites, des autorisations longues. Les renouvelables et l’efficacité énergétique peuvent se déployer plus vite, mais exigent des réseaux renforcés et des solutions de flexibilité. L’équation italienne consiste à rendre ces piliers compatibles, sans retarder l’un au profit de l’autre.
Sur le plan social, la question des territoires est déterminante. Les infrastructures énergétiques, qu’elles soient nucléaires, gazières ou renouvelables, déclenchent des oppositions locales. Rome devra articuler la relance avec des mécanismes de concertation, des retombées économiques locales et une transparence sur la sûreté. Sans cela, les contentieux et les recours risquent de ralentir les projets, un risque déjà connu dans d’autres secteurs d’infrastructures.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’Italie veut-elle relancer le nucléaire en 2026 ?
- Le gouvernement met en avant la sécurité d’approvisionnement, la réduction de la dépendance au gaz importé et une production pilotable bas-carbone pour compléter les renouvelables.
- L’Italie produit-elle déjà de l’électricité nucléaire ?
- Non, le pays ne dispose pas de centrales nucléaires en exploitation, mais il peut importer une partie de son électricité depuis des pays voisins dont le mix inclut du nucléaire.
- Les SMR sont-ils une solution rapide pour l’Italie ?
- Les petits réacteurs modulaires sont présentés comme une piste, mais leur déploiement dépend de la maturité industrielle, du cadre réglementaire et des choix de financement, ce qui prend du temps.
- Quels sont les principaux obstacles à un retour du nucléaire ?
- L’acceptabilité sociale, la stabilité réglementaire, le choix des sites, la gestion des déchets, la reconstitution des compétences industrielles et la structuration du financement figurent parmi les obstacles majeurs.
À retenir
- Rome prépare le retour du nucléaire, près de 40 ans après l’arrêt de la filière.
- Le gouvernement invoque sécurité énergétique, dépendance au gaz et objectifs climatiques.
- Les SMR et technologies avancées sont évoqués, avec incertitudes sur coûts et maturité.
- Le cadre réglementaire, l’acceptabilité locale et le financement seront décisifs.



